Le Stade français débute sa Champions Cup samedi 17 octobre sur la pelouse des Bulls de Pretoria, et son manager Paul Gustard n'a pas mâché ses mots avant le grand saut. Dans un entretien accordé à Rugbyrama, l'Anglais a qualifié le format de la compétition de « difficile et confus ». Une formule polie pour dire que l'on demande aux clubs français de courir un marathon avec un sac de sable sur le dos.
Tout le monde sait que le calendrier européen ressemble à un champ de bataille mal planifié. Les équipes de Top 14 ont déjà avalé six journées de championnat. Les Anglais et les équipes de l'URC, elles, n'en ont disputé que trois. Ben voyons. Et pendant que les adversaires du Stade français profiteront d'un mois de novembre tranquille, les Parisiens devront rejouer le dernier week-end du mois. Chez nous, on appelle ça une marche forcée.
Des poules trop grandes, des voyages interminables
Gustard a détaillé le problème avec l'aplomb d'un officier qui pointe les failles du plan de bataille. Le Stade français doit voyager jusqu'en Afrique du Sud, encaisser les douze heures d'avion, faire le trajet retour, puis se remettre immédiatement au travail pour le championnat. Le tout coincé entre six puis trois nouveaux matchs de Top 14. De quoi donner le vertige à n'importe quel préparateur physique.
« Je pense que le format est difficile et confus », a-t-il expliqué auprès de Rugbyrama. Et de trancher : « Personnellement, je préférais la formule avec des poules plus petites et des matchs aller-retour. »
Difficile de lui donner tort. L'ancienne formule, avec ses poules resserrées et ses confrontations à domicile et à l'extérieur, avait au moins une vertu cardinale : la lisibilité. On savait qui affrontait qui, où et quand. Aujourd'hui, il faut un doctorat en logistique pour comprendre qui se qualifie et pourquoi. Comme souvent avec les instances européennes, on a remplacé la simplicité par un usine à gaz que même les joueurs ne comprennent plus.
Toulouse et l'UBB, les forteresses intouchables
Interrogé sur les équipes capables de contester la domination de l'Union Bordeaux-Bègles et du Stade toulousain, Gustard a sorti une vérité que les supporters du Sud-Ouest boivent comme du petit lait. La profondeur d'effectif fait la différence sur une saison, « d'autant plus que le Top 14 compte huit matchs de championnat de plus que l'URC et la Premiership ».
« Sur un match, n'importe quelle équipe peut en battre une autre, mais sur l'ensemble d'une saison, il faut de la profondeur d'effectif », a-t-il rappelé. Et de saluer la puissance de feu toulousaine avec un exemple qui fait grimper les sourcils : « Toulouse peut sans doute se vanter d'avoir quatre arrières internationaux de premier plan titularisables dans son effectif, ce qui est tout simplement impressionnant : Ramos pour la France, Capuozzo pour l'Italie, Kinghorn pour l'Écosse et Mallía pour l'Argentine. »
Quatre internationaux au même poste. C'est le genre de luxe qui rappelle que le rugby européen se transforme lentement mais sûrement en championnat des finances. Les gros bastions engloutissent les talents, les petits doivent bricoler. Le Stade français, lui, tente une autre voie, et elle mérite qu'on s'y arrête.
Jacques Botha, le jeune recruté au centre de formation qui retourne au pays
Car la vraie histoire de ce début de campagne parisienne, c'est celle de Jacques Botha. Le jeune deuxième ligne sud-africain, formé au centre de formation du Stade français depuis deux ans, connaîtra sa première feuille de match en Champions Cup face aux Bulls. Dans son pays natal, en outre. On lui prête un profil de très haut niveau, dans un style similaire à Meafou ou Skelton. Autrement dit : une tour de contrôle de deux mètres avec des mains de géant.
Gustard, prudent, a coupé court à l'enthousiasme débordant. « C'est trop tôt, trop précipité et injuste de le comparer à deux internationaux déjà bien établis comme Meafou et Skelton », a-t-il tempéré. Mais le manager a reconnu les qualités du gaillard : « C'est un jeune joueur avec un excellent état d'esprit. Il a encore beaucoup à apprendre et à développer. Mais il a un grand désir de s'améliorer et d'écouter, ce qui est essentiel s'il veut progresser comme nous le pensons capable. »
Un joueur formé au club, lancé au feu plutôt que d'aller chercher un vétéran étranger à prix d'or. Voilà une méthode que les traditionalistes salueront. Pendant que d'autres clubs jouent les mercenaires du marché, le Stade français fait pousser ses propres troupes. C'est nicolas qui paye, les billets d'avion pour Pretoria, mais au moins il paye pour voir du talent maison.
Loftus Versfeld, un bastion chargé d'histoire
Les Bulls reçoivent à Pretoria, dans une enceinte que Gustard décrit comme un lieu « historique chargé d'histoire ». Le jeune Botha, lui, prend la chose avec l'enthousiasme de ses vingt ans. « Il est enthousiaste, comme beaucoup de jeunes qui ont l'opportunité de jouer. C'est donc un privilège d'être ici. Il le sait », a résumé le manager.
Les Parisiens s'attendent à un assaut en règle. Les Sud-Africains en altitude, devant leur public, ça n'a jamais été une promenade de santé. Et pendant que la Pro D2 fait parler d'elle pour d'autres raisons, comme la fameuse « mafia fidjienne » de Provence Rugby, l'élite européenne elle, s'apprête à livrer ses premières escarmouches.
Les ambitions du Stade français : gagner, puis gagner encore
Et les ambitions de Paris dans cette compétition ? Gustard a répondu avec la sobriété d'un général qui ne promet que ce qu'il peut tenir. « Gagner le prochain match. Après cela, le premier objectif est de sortir de la phase qualificative. Et toujours gagner le match suivant. »
Une phrase courte, affirmative, sans langue de bois. Le rugby en a vu d'autres, et les supporters aussi. Samedi à Pretoria, on saura si le Stade français a les moyens de tenir un discours aussi carré sur la pelouse. En attendant, Gustard a au moins le mérite de dire tout haut ce que tout le rugby français pense tout bas : ce format ne tient pas debout.
Questions fréquentes
Quand le Stade français débute-t-il sa Champions Cup ?
Samedi 17 octobre, face aux Bulls de Pretoria, en Afrique du Sud.
Pourquoi Paul Gustard critique-t-il le format de la Champions Cup ?
Il estime que le calendrier désavantage les clubs français, qui ont joué six journées de championnat contre trois pour les Anglais et les équipes de l'URC, tout en devant gérer de longs déplacements en Afrique du Sud.
Qui est Jacques Botha ?
Un jeune deuxième ligne sud-africain formé depuis deux ans au centre de formation du Stade français, dont le profil est parfois comparé à Meafou ou Skelton, même si Gustard juge la comparaison prématurée.
