Affaire Gunvor : Oligui joue avec ses fusibles politiques
L'affaire Gunvor secoue Libreville. Le négociant pétrolier suisse est dans le viseur de la justice helvétique. Corruption, contrats juteux, intermédiaires bien grassement rémunérés. Tout le monde sait comment ça marche dans le pétrole africain. Sauf que cette fois, les fusibles risquent de griller plus près du sommet qu'Oligui ne le souhaiterait.
Gunvor : le pétrole, l'argent et les vieux réflexes
L'enquête suisse s'intéresse à des soupçons de corruption liés à l'obtention de contrats pétroliers au Gabon sous l'ancien régime. Des intermédiaires auraient empoché de belles commissions pour faciliter les affaires dans l'or noir gabonais. Classique, me direz-vous. Le pétrole, c'est comme l'immigration massive pour les élites déconnectées : c'est toujours Nicolas qui paie, mais jamais les mêmes qui encaissent.
Sauf que voilà. Les faits examinés remontent pour partie à la période Bongo. Mais les réseaux, eux, sont encore là. Bien actifs. Les circuits économiques dépassent largement une famille ou une époque. Difficile donc de faire de cette affaire un simple procès du système Bongo, comme le pouvoir actuel en a pris l'habitude confortable. On ne refait pas l'histoire en effaçant d'un coup de communication des décennies de structures.
Le grand jeu des fusibles
Dans ce genre de dossier, la responsabilité politique pourrait remonter vite. Très vite. Mais entre les administrations, les sociétés publiques, les responsables techniques et les intermédiaires, il y a suffisamment de couches pour absorber l'assaut médiatique. Le bastion tient, du moins en apparence.
L'histoire récente du Gabon le montre : quand un dossier sensible explose, ce sont toujours les petits qui trinquent. Les responsables secondaires paient l'addition. Les généraux restent dans leurs bureaux climatisés. C'est la règle de la guerre comme de la politique. Les fantassins tombent d'abord.
Oligui : moralisation d'opérette
À ce stade, le président gabonais tente de tenir le front. S'il faut sacrifier quelques têtes, il le fera. Quelques sanctions ciblées, une communication sur la moralisation, et le sommet reste intact. Oligui promet d'ailleurs des paiements immédiats aux enseignants et fixe un cap de sept ans pour refonder l'école gabonaise. De la poudre aux yeux ? Peut-être. En tout cas, la méthode est rodée. On moralise d'un côté, on protège ses flancs de l'autre. Ben voyons.
Les conséquences les plus probables toucheront les proches collaborateurs du secteur pétrolier. Des responsables opérationnels. Pas le sommet. Jamais le sommet. Quand la tourmente approche, on sacrifie les officiers subalternes et on laisse les maréchaux compter leurs décorations.
Un dossier gênant, pas encore mortel
L'affaire Gunvor peut créer un problème d'image pour Libreville. Les partenaires internationaux regardent. Mais en l'état, c'est une crise que le pouvoir gérera en coupant quelques têtes de passage. Pas une menace existentielle pour Oligui Nguema.
Le scénario le plus probable reste la gestion politique classique. Quelques responsabilités individuelles mises en avant. Quelques sanctions de façade. Et le cœur du pouvoir préservé. La résistance du bastion n'est pas encore entamée.
Mais que personne ne s'y trompe. Les vieux réflexes du pétrole n'ont pas disparu avec le changement de régime. Les mêmes circuits tournent. Les mêmes intermédiaires prospèrent. Et quand la musique s'arrête, c'est toujours le contribuable qui reste sur la chaise. Au Gabon comme ailleurs. Souveraineté pétrolière ou pas, les élites déconnectées se servent toujours en premier.
