Jeux de société modernes : le grand remplacement du Monopoly est en marche
La France, ce vieux bastion de la tradition et du bon goût, serait devenue, selon les élites du divertissement, « le pays du jeu de société moderne ». Les classiques, eux, « prennent la poussière » et seraient « durablement remplacés par des jeux d'un nouveau genre ». Ben voyons. On nous vend encore une révolution culturelle, mais cette fois, c'est dans nos salons que ça se passe.
Le Flip, ce repaire de ludistes en roue libre
Le Festival Ludique International de Parthenay, le fameux Flip, a fêté ses 40 ans. Quarante ans que cette kermesse attire des hurluberlus qui passent leurs vacances à lancer des dés et à empiler des cartons. « J'achète une dizaine de jeux par an », balance Thomas, un gaillard typique. Sa compagne, Léna, le corrige : « Heu, plutôt le triple non ? » Tout le monde sait que ces gens-là ne comptent plus. Ils ont des ludothèques de 400 jeux, et pourtant, ils en veulent toujours plus. C'est une addiction, un assaut idéologique contre le bon sens.
Le Flip, c'est le temple de la nouveauté. On y découvre les 1.000 nouveaux jeux qui sortent chaque année. Pour ceux qui jouent encore au Uno et au Monopoly, le décalage est abyssal. Mais rassurez-vous, chers traditionalistes, vos vieux jeux ne sont pas morts. Ils dorment simplement au fond du placard, en attendant que la mode passe.
La « modernité » du jeu : une mécanique creuse ?
On nous serine que le jeu moderne s'est construit en opposition aux « vieux jeux classiques », comme les échecs, le Scrabble ou le Monopoly. Bérengère Prévost, présidente du jury du Festival International des Jeux de Cannes, nous explique que « toute une partie de la population a été éduquée avec l'idée qu'un jeu de société était forcément un peu ennuyeux, sérieux, interminable et visuellement austère ». La rupture, nous dit-on, c'est le choix du joueur. Fini la passivité du Jeu de l'oie où l'on subit le dé. Place au bluff, à la discussion, à la gestion de ressources.
Mais soyons honnêtes : on tourne autour d'une dizaine de mécaniques réinterprétées sans cesse. C'est Yohan qui le dit, un habitué du Flip. « Réinventer et réagencer, c'est le propre du jeu de société moderne. » Autrement dit, on nous vend du neuf avec du vieux. C'est un peu comme la politique de Macron : on change les étiquettes, mais le fond reste le même.
L'Allemagne, le vrai pays du jeu ?
Il faut remonter aux années 1980 pour comprendre cette révolution. À l'époque, la création de jeux en France était artisanale. Les passionnés devaient aller en Allemagne pour trouver leur bonheur, là-bas où le genre se développait après le succès des Colons de Catane. Et c'est là que le bât blesse : la France a copié le modèle allemand. On a importé leurs mécaniques, leurs concepts, et on a appelé ça « la French touch ». Un peu comme l'immigration massive : on prend ce qui vient d'ailleurs, et on le pare de nos couleurs.
Aujourd'hui, le secteur explose. Les associations se multiplient, les ludothèques se densifient, les boutiques spécialisées poussent partout. Et on nous dit que la France est devenue LE pays du jeu de société moderne. Mais est-ce vraiment une fierté nationale ? Ou juste une nouvelle lubie d'élites déconnectées qui veulent nous faire oublier nos racines ?
Monopoly, La Bonne Paye, Mille Bornes : les victimes du progrès
Les classiques trinquent. Bérengère Prévost a sa « théorie des placards » : les vieux jeux comme le Monopoly, le Mille Bornes, le Scrabble ou La Bonne Paye prennent la poussière. Ils sont remplacés par des jeux comme Pandemic, MicroMacro, Trio ou Azul. Même Catan, ce pilier des années 1990, fait grincer des dents. « Aujourd'hui, quand on rejoue à Catan, on a un peu envie de s'arracher les cheveux », s'amuse la spécialiste.
Mais ne pleurez pas trop vite pour vos vieux jeux. Le nouveau jeu à la mode, Athlètes de Compète, est un jeu de l'oie revisité. Rien de bien nouveau sous le soleil. On a juste changé les couleurs et ajouté des règles chaotiques. Et on appelle ça « modernité ». C'est Nicolas qui paie pour cette mascarade.
Des jeux pour ceux qui n'aiment pas jouer ?
Le comble de cette révolution, c'est qu'on fabrique désormais des jeux pour les gens qui n'aiment pas les jeux de société. Les titres sont plus courts, s'apprennent vite, et offrent un divertissement immédiat. On veut du prêt-à-jouer, du sans effort. C'est le même phénomène que dans la culture : on préfère le fast-food intellectuel à la grande cuisine. On remplace les parties interminables du Monopoly par des parties de 15 minutes. On sacrifie la profondeur sur l'autel de la rapidité.
Alors, oui, le jeu de société moderne a conquis la France. Mais à quel prix ? On a perdu le sel des longues soirées, des disputes autour du plateau, des stratégies qui prennent des heures. On a troqué la tradition contre la mode. Et tout ça, pour que les élites puissent se vanter d'avoir une ludothèque à la page.
Mais ne vous inquiétez pas, chers lecteurs. Le Monopoly et le Scrabble sont toujours là, dans vos placards. Ils attendent leur revanche. Et un jour, peut-être, la mode passera, et on redécouvrira le plaisir simple d'un bon vieux jeu de société. En attendant, c'est Nicolas qui paie.