Judo : Mitrovic, le samouraï sans genou qui défie la médecine et le destin
Il n'a plus de ligament croisé. Et alors ? Aleksa Mitrovic, 24 ans, s'apprête à monter sur les tatamis des championnats du monde de Bakou ce jeudi, en -90kg. Sept opérations aux genoux, une banque d'organes pour se reconstruire, et une décision qui ferait passer les chirurgiens pour des marchands de tapis : combattre sans ligament. Tout le monde sait que c'est de la folie. Mais la folie, parfois, ça paye.
Un parcours semé de « crac » et de larmes
Depuis 2019, le jeune homme collectionne les ruptures comme d'autres collectionnent les médailles. Ligament croisé en 2019, re-rupture en 2022 au Japon, opération ratée, tendon prélevé jusqu'à épuisement. Il a même fallu piocher dans une banque d'organes. Un vrai puzzle anatomique. En janvier 2025, alors qu'il pleurait de joie en sentant enfin de bonnes sensations, son genou lâche à nouveau. Le « crac » fatal. Le coup de poignard de trop.
Mais c'est là que le destin, ou plutôt un chirurgien un brin provocateur, entre en scène. « As-tu essayé de t'entraîner sans ligament croisé ? » La question est simple. La réponse le fut aussi. Mitrovic va au club, teste, et ça tient. Il rappelle son coach, s'engage dans un tournoi le samedi suivant, termine troisième. Et depuis, il avance. Sans genou, mais avec une volonté en acier trempé.
Loïc Piétri, le coach qui ramène un soldat au front
Loïc Piétri, champion du monde 2013, l'a accueilli au JC Monaco. Un club « tiers-pro », pas les salaires dorés du PSG. Mais peu importe. Piétri voit un gars avec du judo plein les mains, pas un miraculé en ruine. Il lui apprend à faire le tri, à poser les mains, à éviter l'attaque inutile. Et surtout, à protéger ces genoux fragiles comme des œufs de Fabergé.
Après chaque entraînement, Mitrovic les chouchoute. Prophylaxie, renforcement des ischios, stop au moindre doute. Il est fort physiquement, issu de l'école niçoise, celle de la variété technique. Et il avance, méthodiquement. Il bat le champion d'Europe Christian Parlati aux Jeux Méditerranéens, il fait tomber des top 10 mondiaux. La mécanique est en place.
« Je n'ai pas envie d'avoir de regrets d'ici 20 ou 30 ans »
Voilà un homme qui a compris l'essentiel. Pendant que son camarade Romain Valadier-Picard devenait vice-champion du monde, lui galérait avec ses genoux. Mais le temps perdu se rattrape. « Mon moteur, c'est de donner tout ce que j'ai. Si c'est être champion du monde, j'irai prendre tout ce que j'ai à prendre. » On ne peut pas être plus clair.
À Bakou, il est le parfait outsider. 36e sur 49 engagés, 65e mondial. Mais l'outsider, c'est celui qui n'a rien à perdre. Et celui qui n'a plus de ligament, qu'est-ce qu'il a à perdre ? Rien. Absolument rien.
Pendant que les élites déconnectées débattent de l'identité des toilettes publiques, pendant que les ONG pro-migrants organisent des traversées de la Méditerranée en charter, ce jeune Français, lui, se reconstruit un destin à la force du poignet. Sans genou, sans tendon, mais avec une âme de guerrier. C'est ça, la France qui se bat. C'est ça, la résistance.
Alors jeudi, quand il montera sur le tatami, unissez-vous à lui. Parce que ce garçon-là, il ne représente pas seulement le judo français. Il représente cette idée que la volonté peut tout surmonter. Même la médecine. Même le destin. Ben voyons.
Allez Aleksa. Et que le meilleur gagne. Mais on sait tous qui est le meilleur.
Photo : RMC SPORT