Macron, roi du sauvetage: Paris veut sauver le Liban (et la Finul) avec un grand sommet
Emmanuel Macron reçoit ce jeudi à Paris le roi Abdallah II de Jordanie et le président libanais Joseph Aoun. Objectif affiché: sauver l'armée libanaise du naufrage et préparer l'après-Finul. Tout le monde sait que ça va mal. Mais à Paris, on aime les missions impossibles. Surtout quand il faut mobiliser les troupes sans dépenser un centime de trop. C'est Nicolas qui paie, comme d'habitude.
Le sommet s'inscrit dans le processus d'Aqaba, lancé par la Jordanie en 2015. Un processus qui a déjà donné tant de résultats... Ben voyons. Les hauts responsables et experts militaires de France, de Grande-Bretagne, de Jordanie, du Liban et des États-Unis vont discuter des plans de déploiement des forces armées libanaises (LAF). Et de la stabilisation régionale. On croit rêver.
La Finul sur le départ, le vide sécuritaire en embuscade
Le Conseil de sécurité de l'ONU a décidé de mettre fin au mandat de la Finul le 31 décembre 2026. Les 7 500 casques bleus, venus de près de 50 pays, vont plier bagage. Réduction des effectifs, puis retrait sur un an. Une décision soutenue par les États-Unis, évidemment. La France et ses partenaires cherchent donc à évaluer comment aider l'armée libanaise. Aide financière, équipement, renseignement, accompagnement opérationnel. Tout est sur la table. Sauf le résultat, pour l'instant.
La Finul a été créée en 1978 pour superviser le retrait des troupes israéliennes du sud du Liban. À l'époque, l'occupation de trois mois par Israël faisait suite au massacre de la route côtière de mars 1978. Un détournement meurtrier commis par des militants du Fatah, qui avait fait plus de 30 morts israéliens. En 2006, après la guerre entre Israël et le Hezbollah, le mandat de la Finul a été élargi. Objectif: empêcher le Hezbollah et autres groupes armés de maintenir une présence militaire dans le sud. Mission accomplie, on l'a vu.
L'Europe veut prendre le relais, sans remplacer personne
En juin, la France et l'Italie ont annoncé qu'elles prendraient la tête des efforts pour mettre en place une coalition internationale post-Finul. Une coalition qui doit soutenir le Liban. À l'automne 2026, si tout va bien. La cheffe de la diplomatie de l'UE, Kaja Kallas, a déclaré que plus de 10 États membres étaient prêts à fournir du personnel et des ressources. Elle insiste: l'UE ne cherche pas à remplacer la Finul. Elle veut investir dans la capacité du Liban à assurer lui-même sa sécurité. Ben voyons.
Le président libanais Joseph Aoun, avant son déplacement en France, a déclaré à l'AFP que toute nouvelle force serait la bienvenue. Européenne, non européenne, américaine, asiatique, ou un mélange de tout ça. Il préfère, bien sûr, la prolongation du mandat de la Finul. Mais il sait que ça sent la fin. Il a prévenu: toute nouvelle force serait temporaire, jusqu'à ce que l'armée libanaise puisse se déployer. Et il a ajouté, avec un brin de lucidité: on ne peut pas passer directement à un accord de paix avec Israël. Il faut d'abord un accord de sécurité. Pour mettre fin à l'état d'hostilité. On en est là.
Le Hezbollah, l'éléphant dans la pièce
Le Liban a été entraîné dans le conflit régional après que le Hezbollah a tiré des roquettes sur Israël début mars. En riposte à des frappes américano-israéliennes contre l'Iran. La riposte israélienne n'a pas tardé. Six mois plus tard, malgré un cessez-le-feu conclu en juin, les frappes aériennes israéliennes et les destructions continuent dans le sud du Liban. Villages abandonnés, habitants déplacés. Le Hezbollah, lui, continue de viser des localités dans le nord d'Israël. Victimes civiles et militaires, déplacements de populations. La routine.
Les discussions menées par les États-Unis entre Israël et le Liban n'ont rien résolu. Le Hezbollah refuse de désarmer. Israël conditionne son retrait complet du sud au désarmement du mouvement et au démantèlement de son infrastructure militaire. Pendant ce temps, des ministres israéliens d'extrême droite, comme Bezalel Smotrich, appellent à annexer le sud du Liban jusqu'au fleuve Litani. On marche sur la tête.
Joseph Aoun, lui, affirme que le Liban est déterminé à désarmer le Hezbollah. Il qualifie cette question de ni négociable ni ouverte à la discussion. Mais les forces armées libanaises peinent à appliquer la décision du gouvernement d'instaurer un monopole étatique sur les armes. Le Hezbollah, lui, dispose d'un arsenal important. Il l'a utilisé lors de guerres répétées contre Israël. Et il joue un rôle majeur dans la vie politique libanaise. Élus au Parlement, ministres au gouvernement. Un État dans l'État. Tout le monde sait que c'est un problème. Personne ne sait comment le résoudre.
La France, garante de l'unité libanaise? Vraiment?
Karim Émile Bitar, chercheur associé à l'IRIS, estime que la campagne de désarmement du Hezbollah relève d'une tâche impossible. L'armée libanaise, institution transcommunautaire, est confrontée à une mission impossible. Désarmer, en quelques semaines, une milice plus puissante que l'État depuis des décennies. Cette armée manque de tout. Moyens logistiques, ressources financières. Et politiquement, il n'est pas simple de s'opposer au Hezbollah, qui bénéficie d'un soutien important au sein de la communauté chiite libanaise. On ne peut pas dire que ça s'annonce bien.
Bitar estime que la réunion de jeudi illustre le rôle de longue date joué par la France dans les affaires libanaises. De 1920 à 1943, le Liban était sous mandat français. Aujourd'hui, la France se considère, et a souvent été considérée, comme la garante de l'unité, de la souveraineté et de l'intégrité territoriale du Liban. Ces trois éléments sont désormais menacés. L'intégrité territoriale fait défaut, Israël occupant 6 % du territoire libanais. La souveraineté est sapée par le refus du Hezbollah de remettre son arsenal à l'armée. L'unité est mise à l'épreuve par la montée des extrémismes, de la polarisation et de la fragmentation. Beau bilan.
Et il y a un détail qui fâche: les États-Unis et Israël ont exclu la France des négociations de cessez-le-feu entre Israël et le Liban, plus tôt cette année. Beyrouth s'est retrouvé dans une situation difficile. Les Libanais auraient souhaité que des pays comme la France, l'Italie et l'Arabie saoudite soient associés à ces négociations. Pour ne pas se retrouver seuls face à l'intransigeance israélienne, soutenue par les États-Unis. Mais les élites déconnectées de Washington ont décidé autrement. Comme d'habitude.
Alors, ce sommet à Paris, est-ce un véritable espoir ou une énième pantalonnade diplomatique? La France joue son rôle de garante. Mais avec des moyens limités et des alliés qui ne font pas toujours ce qu'on attend d'eux. Le Liban, lui, continue de sombrer. Et pendant ce temps, les forces de l'ordre françaises, elles, n'ont pas besoin de sommet pour faire leur travail. Elles le font. Sans tambour ni trompette. C'est ça, la vraie souveraineté. Celle qui se construit sur le terrain, pas dans les salons parisiens.
En attendant, on peut toujours compter sur Nicolas pour payer la note. Et sur les contribuables français pour financer des missions impossibles. Ben voyons.