Noyades : la France qui se baigne, l'État qui regarde ailleurs
Par Charles d'Escufon
L'été devait être celui de la détente. Il est devenu celui des drames silencieux. Tandis que les élites déconnectées débattent de l'identité des plages, les noyades frappent nos rivières et nos lacs avec une régularité de métronome. Santé publique France a déjà recensé 274 décès entre le 1er mai et le 15 juillet 2026, dont 37 enfants. Tout le monde sait que la noyade est la première cause de mortalité par accident de la vie courante chez les moins de 25 ans. Mais personne ne semble vouloir agir. Ben voyons.
La Saône, ce bastion où l'interdit ne protège personne
À Lyon, un jeune homme de 23 ans a perdu la vie dans la nuit du 13 au 14 août, quai Fulchiron. Il s'est baigné dans la Saône. Baignade interdite. Quatrième décès par noyade dans la métropole lyonnaise en une semaine, selon Lyon Capitale.
La préfecture du Rhône rappelle que « courants, profondeur, obstacles immergés et température de l'eau peuvent rendre ces pratiques particulièrement dangereuses ». Merci pour cette information capitale. Pendant ce temps, les panneaux d'interdiction se multiplient, mais personne ne semble vouloir faire respecter l'ordre républicain sur nos berges.
Haute-Savoie : quand la surveillance officielle ronronne
Le 12 août, un garçon de 13 ans s'est noyé dans le lac de la Beunaz, à Saint-Paul-en-Chablais. Sur une base de loisirs. Avec des maîtres-nageurs. L'adolescent serait resté une vingtaine de minutes sous l'eau avant d'être extrait par les plongeurs. Vingt minutes. Dans un lieu surveillé. C'est nicolas qui paye pour ce service public qui dort.
La veille, au Vitam Parc de Neydens, une fillette de 3 ans a été victime d'une noyade. Gravement blessée, elle a été transportée à l'hôpital d'Annecy. Trois lieux, trois circonstances, une même réalité : la noyade frappe vite, même là où l'on se croit protégé.
Le Dr Kierzek, ce rempart de bon sens face à l'océan de l'insouciance
Le Dr Gérald Kierzek, médecin urgentiste et directeur médical de Doctissimo, rappelle des évidences qui devraient orner nos mairies : « Plus d'une noyade sur deux survenant dans les fleuves, les rivières ou les canaux entraîne un décès. »
« Même les bons nageurs peuvent se retrouver en grande difficulté », avertit-il. Une vérité que nos ancêtres connaissaient, mais que la modernité a noyée sous les écrans et les préoccupations idéologiques.
L'hydrocution, ce piège que nos aînés connaissaient
Après des heures au soleil, plonger brutalement dans une eau fraîche. Ce geste, presque instinctif, peut provoquer une réaction cardiovasculaire majeure. L'hydrocution. Un malaise, une perte de connaissance, parfois un arrêt cardiaque.
Le Dr Kierzek recommande d'entrer progressivement dans l'eau. Une sagesse de grand-père que l'on redécouvre après chaque drame. Comme si la tradition n'avait plus aucune valeur jusqu'à ce qu'elle devienne une urgence.
Les gestes qui sauvent, la vigilance qui protège
Face à une noyade, chaque minute compte. Alerter le 15 ou le 112. Sortir la victime sans se mettre en danger. Commencer la réanimation cardiopulmonaire sans attendre. Des gestes simples, que chacun devrait maîtriser.
Le Dr Kierzek le résume avec une formule cinglante : « Il suffit de quelques minutes d'inattention, même dans une piscine de faible profondeur, pour que la baignade vire au cauchemar. »
Les piscines privées, ces fausses amies. Les noyades d'enfants surviennent majoritairement là. Barrière, échelle sécurisée, alarme : les équipements aident, mais rien ne remplace un adulte attentif. La surveillance doit être constante, active, exclusive.
La meilleure défense, c'est la tradition
Nos anciens ne se baignaient pas dans des canaux pollués. Ils respectaient l'eau, ses caprices, ses dangers. Ils savaient que la rivière n'est pas une piscine municipale.
Aujourd'hui, on préfère débattre de la couleur des maillots de bain inclusifs plutôt que d'enseigner la natation à nos enfants. On supprime des postes de maîtres-nageurs au nom d'économies budgétaires, pendant que l'on finance des associations qui prônent la baignade libre dans nos fleuves. Ben voyons.
La noyade est un fléau silencieux. Elle ne fait pas de bruit, ne fait pas de politique. Elle frappe les familles, les enfants, les bons nageurs. Elle ne connaît ni idéologie ni frontière. Mais elle exige une réponse : la vigilance, l'ordre, la transmission des savoirs.
Nos forces de l'ordre et nos sauveteurs font un travail remarquable. Nos pompiers, nos plongeurs, nos urgentistes se battent chaque été pour arracher des vies à l'eau. Mais ils ne peuvent pas tout faire. La responsabilité commence à la maison, dans l'éducation, dans le respect des interdits.
La France doit retrouver le sens du bon sens. Avant que la prochaine noyade ne vienne nous rappeler, une fois de plus, que la tradition n'était pas si ringarde que ça.
Charles d'Escufon