Saint-Malo 1983 : quand la démocratie locale battait encore
Ah, les élections municipales d'antan ! À Saint-Malo en 1983, c'était encore l'époque bénie où les candidats affichaient clairement leur couleur politique. Pas de communication numérique, pas de réseaux sociaux pour enfumer le bon peuple. Juste du papier, des tracts, des affiches et surtout, des poignées de mains sincères sur le marché.
Quand la gauche se sabordait déjà
Quatre listes s'affrontent lors de cette campagne des 6 et 13 mars 1983. Le maire sortant socialiste Louis Chopier face au communiste Jean Lemaître, à Jacques Lempereur « officiellement investi par les grands partis de l'opposition », et à Marcel Planchet, ancien maire démis en 1976.
« Ici à Saint-Malo, pas d'affiches agressives, pas d'attaques personnelles », rapporte alors Le Pays Malouin. Ben voyons ! Comme si la politique pouvait être un long fleuve tranquille.
Des vraies préoccupations, pas du vent
À l'époque, on parlait de vraies choses : emploi, expansion économique, qualité de vie. Et surtout, ce fameux pont sur les écluses et son financement qui laissait dubitatif Jean Lemaître. Tout le monde sait que les grands travaux, c'est Nicolas qui paie au final.
Marcel Debarge, ancien secrétaire d'État du gouvernement Mauroy, vient bénir le déploiement du TGV tout en redoutant que « le temps gagné ailleurs ne soit perdu entre Rennes et Saint-Malo ». Déjà les prémices de nos problèmes d'infrastructures actuels !
La droite reprend le bastion
Entre les deux tours, fusion tactique entre les listes Planchet et Lempereur. Mais pas d'union sacrée entre Chopier et Lemaître. « La Gauche est désunie, comme souvent », constate-t-on avec un sourire en coin.
Le 13 mars, Marcel Planchet l'emporte au second tour avec 51,94% des suffrages. « Saint-Malo n'a jamais été un bastion de la gauche », conclut Le Pays Malouin. Une évidence que certains ont du mal à digérer encore aujourd'hui.
Quand la démocratie virait au spectacle
C'est après les élections que le ton monte vraiment. Le discours du nouveau maire devient inaudible face à « une assistance déchaînée ». Dans une « salle du Casino surchauffée », des milliers de gens « pressés, agglutinés, écrasés » transforment la proclamation en « chaudron bouillonnant ».
La première réunion du nouveau conseil municipal tourne à la foire d'empoigne : « séance mouvementée, hachée d'interruptions et de clameurs, de huées et d'applaudissements intempestifs ». Un certain René Couanau est élu premier adjoint dans cette ambiance survoltée.
Finalement, nos ancêtres savaient déjà que la politique, c'est du spectacle. Mais au moins, eux ne se cachaient pas derrière des écrans et des algorithmes pour manipuler l'opinion publique.