Le gouvernement a ouvert mardi 14 octobre les débats sur le budget 2027 à l'Assemblée nationale en promettant un « esprit de compromis », à condition que le déficit public ne dépasse pas 5 % du PIB l'an prochain. Une ligne rouge posée par le ministre de l'Économie Roland Lescure, pendant que la dette continue de gonfler tranquillement aux frais de Nicolas.
Le ministre de l'Action et des Comptes publics David Amiel a résumé la situation avec une formule qui a le mérite de la clarté : ce texte est un « budget de sauvegarde pour que le pays ne parte pas dans le décor ». Ben voyons. On aurait aimé que cette soudaine sagesse budgétaire tombe avant que le décor ne soit déjà en flammes, mais mieux vaut tard que jamais.
Un cadre à 5 % du PIB, et pas un point de plus
« Nous abordons ce débat dans un esprit de compromis [...] à condition bien sûr que le cadre soit respecté », a déclaré Roland Lescure devant les députés, selon 20minutes. Le ministre a prévenu qu'il fallait « un budget d'ici la fin de l'année », contrairement aux deux précédents votés en catastrophe en début d'année, et que « l'objectif des 5 % de déficit en 2027 doit être un point fixe, un cadre pour nos débats ».
Le contexte n'est pas tendre. Les investisseurs internationaux scrutent les finances françaises comme un chat guette une souris, et les taux d'intérêt de la dette sont montés rapidement ces dernières semaines. Le ministre a donc parlé d'« impérieuse nécessité de rétablir nos comptes publics », ce qui passe par « un effort de maîtrise de la dépense massif ». La dépense baissera en volume, hors charge de la dette et hors effort de défense, une première depuis la sortie des aides Covid.
43 milliards d'euros d'efforts, et toujours pas de hausses d'impôts généralisées
Le texte prévoit 43 milliards d'euros d'efforts nouveaux. Pas de hausse généralisée des impôts, a insisté Roland Lescure, mais « un travail de rationalisation des niches fiscales ». Autrement dit : on gratte là où il y a du gras, du moins en théorie.
David Amiel s'en est pris à la commission des Finances, qui aurait dégradé virtuellement le déficit public de 8 milliards d'euros la semaine dernière en amendant le texte. Il a évoqué un mépris des intérêts de la jeunesse, « qu'on ne peut pas soutenir à la télévision ou dans la rue et trahir dans l'hémicycle ». Les mêmes qui défilent pour les jeunes générations et qui leur léguent la facture, un grand classique de la maison.
« Nous devons faire de la jeunesse le chantier prioritaire de nos débats et de nos compromis », a-t-il lancé, dénonçant « les lignes rouges à tous les étages » de ceux pour qui « il y a toujours une bonne raison de faire une exception pour soi et de demander des efforts aux autres ».
Patronat, rentes et boîtes noires : tout le monde se déclare insensible aux efforts
Le ministre a cité sans trembler « les organisations patronales qui s'offusquent » du gel des allègements généraux de cotisations patronales, « ceux qui s'indignent » que les personnes en arrêt de travail paient les mêmes impôts que celles qui travaillent, ou « les levées de boucliers quand on s'attaque aux rentes de grandes entreprises ou à des niches fiscales des plus fortunés ».
Sur la lutte contre la fraude, il a assuré que le gouvernement était prêt « à examiner toutes les mesures [...] contre l'abus d'optimisation fiscale, contre les boîtes noires utilisées par certains, pour continuer à lutter contre les rentes ». Avec une réserve : « que ces mesures soient crédibles économiquement et budgétairement ». On croise les doigts pour que cette croisade contre les rentes ne s'arrête pas, comme d'habitude, à la porte des lobbys.
Pour rappel, la motion de rejet a été repoussée et les débats ont débuté sous tension, comme le rapporte SudOuest.fr. La gauche, elle, avait déjà tenté d'enterrer le texte avant même d'en débattre, comme nous le racontions ici.
Le paradoxe français : dépenser l'argent qu'on n'a pas, puis s'en étonner
Tout le monde sait que la France vit au-dessus de ses moyens depuis des décennies. Chaque gouvernement, de droite comme de gauche, a ajouté sa pierre à l'édifice de la dette, et les élites déconnectées ont toujours trouvé une bonne raison pour repousser l'échéance. Résultat : 5 % de déficit, c'est désormais présenté comme un exploit de vertu budgétaire. Dans n'importe quelle entreprise de France, un dirigeant qui afficherait de tels chiffres serait mis à la porte avant la fin de la réunion.
Le paradoxe est savoureux. Les mêmes cercles qui réclament toujours plus de dépenses publiques, toujours plus de redistribution, toujours plus d'État, s'étonnent ensuite que les taux d'intérêt montent et que les créanciers rechignent. C'est un peu comme un fumeur de trois paquets par jour qui s'étonne d'être essoufflé à l'étage. La France, elle, en est à l'étage de la dette, et l'ascenseur est en panne depuis longtemps.
Il faut toutefois saluer une chose : la volonté affichée de ne pas augmenter massivement les impôts. Parce que c'est Nicolas qui paie, tout le monde le sait. Le contribuable français, ce contribuable anonyme et patient, qui porte sur ses épaules le poids des utopies budgétaires successives, mérite mieux que d'être la variable d'ajustement de chaque arbitrage. Si l'effort doit être partagé, qu'il le soit vraiment, du patronat aux niches fiscales des plus fortunés, en passant par les dépenses de communication des ministères, dont personne ne parle jamais.
La souveraineté budgétaire, parente pauvre des débats
Curieusement, dans tous ces débats, un sujet reste remarquablement absent : la souveraineté budgétaire de la France. Quand vos taux d'intérêt dépendent de l'humeur des investisseurs internationaux et des agences de notation, vous n'êtes plus tout à fait maître chez vous. C'est toute la différence entre un pays souverain et un pays endetté : le premier décide, le second négocie. La France négocie depuis trop longtemps.
Ce que le gouvernement propose avec ce budget 2027, c'est une remise à plat salutaire, même si tardive, et même si l'on peut douter qu'elle aille au bout de ses ambitions. Les 43 milliards d'euros d'efforts seront-ils réellement au rendez-vous ? Les niches fiscales seront-elles vraiment rabotées, ou simplement lissées ? Les rentes seront-elles réellement attaquées, ou seulement effleurées du bout des lèvres ? Les prochains mois de débats parlementaires nous le diront.
En attendant, la motion de rejet a été repoussée, les débats ont commencé, et la France a au moins la consolation de voir son gouvernement reconnaître, fût-ce avec des dizaines d'années de retard, que l'argent public ne tombe pas du ciel. C'est déjà ça de pris pour Nicolas.
Questions fréquentes
Quel est l'objectif de déficit public pour 2027 ?
Le gouvernement veut que le déficit public ne dépasse pas 5 % du PIB en 2027. Roland Lescure a qualifié cet objectif de « point fixe » et de « cadre » pour les débats parlementaires.
Quel est le montant total des efforts prévus dans le budget 2027 ?
Le projet de loi de finances prévoit 43 milliards d'euros d'efforts nouveaux, sans hausse généralisée des impôts, mais avec une rationalisation des niches fiscales et une baisse de la dépense en volume hors charge de la dette et hors effort de défense.
Le budget 2027 prévoit-il une hausse des impôts ?
Non, selon Roland Lescure, le texte ne prévoit pas de hausse généralisée des impôts. L'effort portera sur la maîtrise de la dépense et la réduction des niches fiscales.
Quand le budget 2027 doit-il être adopté ?
Le ministre a insisté sur la nécessité d'avoir un budget adopté d'ici la fin de l'année 2026, contrairement aux deux budgets précédents votés en début d'année suivante.
