Le pilier droit Demba Bamba, 28 ans, a prolongé son contrat avec le Racing 92 jusqu'en 2030 et affirme dans un entretien accordé à Rugbyrama le 19 octobre 2026 qu'il vise désormais une place de titulaire en équipe de France, avec la Coupe du monde en Australie en ligne de mire.
Voilà enfin une bonne nouvelle pour le rugby français. Pas une subvention de l'UE pour un tournoi de foot inclusive, non : un Français de 28 ans qui parle travail, fondamentale et persévérance. Bamba n'a jamais abandonné dans sa tête, et ça se voit.
Un pilier qui a enfin compris que la mêlée, c'est le métier
Le joueur formé à Brive l'admet sans détour : il a mis du temps à aimer la mêlée fermée. « Pour moi, les piliers droits, c'était des gros qui n'arrivaient pas à courir », raconte-t-il avec le sourire. Parti comme troisième ligne centre à Saint-Denis, il a signé son premier contrat professionnel... comme pilier droit. « On m'a d'ailleurs dit à l'époque : tu as de la chance d'être arrivé là sans être très bon en mêlée, maintenant tu vas apprendre à l'aimer. »
La leçon a pris du temps, mais elle est salée. Aujourd'hui, Bamba assume un jeu sobre, moins spectaculaire, plus efficace. « Même si mettre un adversaire sur le cul, c'est plaisant et spectaculaire, j'ai compris que de gagner une pénalité en mêlée fermée, c'est beaucoup plus important pour l'équipe », dit-il. Voilà une hiérarchie des valeurs qui ferait pleurer plus d'un technocrate de la FFR : le collectif avant la gloriole individuelle.
Comment Bamba a reconstruit sa carrière au Racing 92
Le pilier a traversé des zones de tempête : rupture des ligaments croisés dès sa première année au Racing, opération des cervicales, cheville foutue en pleine préparation de la Coupe du monde 2023 alors qu'il venait d'être titularisé contre l'Écosse. « Ça a été dur. J'ai eu beaucoup de hauts et de bas. Mais je n'ai plus envie d'être l'éternel espoir », lâche-t-il.
Sa convalescence, il l'a mise à profit en observant. Notamment le Géorgien Gia Kharaishvili, pilier sans panache mais redoutable en mêlée. « Ce n'est pas un pilier spectaculaire, mais il est super efficace en mêlée et présent en défense », note Bamba, qui s'en est inspiré pour devenir « un pilier simple qui obtient des pénalités ». Le bonheur est dans le pré, et parfois dans la pénalité.
Les entraîneurs racingmen Patrice Collazo et Olivier Azam, deux anciens de la première ligne, ont aussi appris à connaître un joueur qu'ils jugeaient de loin. « Patrice me disait encore récemment : avant, je n'avais pas forcément envie de travailler avec un joueur comme toi, mais en apprenant à te connaître, c'est tout l'inverse », confie Bamba, qui admet passer pour « un peu suffisant ou hautain » alors qu'il se décrit comme réservé. Message aux donneurs de leçons du haut de leurs plateaux télé : le mec bosse, il est juste pas bavard.
Le XV de France cherche un numéro 3 : Bamba se propose
C'est le secret de Polichinelle : le XV de France cherche désespérément un pilier droit fiable depuis des lustres. Bamba échange chaque semaine avec William Servat et Laurent Sempéré, et une discussion franche avec Fabien Galthié pendant le Tournoi a « ouvert les yeux » du sélectionneur, selon le joueur. Le staff demande des garanties en mêlée fermée. Bamba bosse exactement là-dessus.
« J'ai 28 ans, c'est peut-être le bon moment », estime le pilier, qui a enchaîné 32 matchs la saison passée, « monté en puissance un peu dans l'ombre, ce qui me va bien ». Il ne se cache pas l'objectif final : « Le point final, le Graal, c'est la Coupe du monde et d'aller la soulever, pas juste d'y participer. »
Il assume aussi ses torts passés : « L'indiscipline et l'irrégularité, un peu. Parfois, en voulant trop dominer, je mets trop d'envie et ça peut me desservir. » De la lucidité, du travail, zéro excuse. Dans un monde où chacun rejette la faute sur la société, c'est presque subversif.
Une leçon de dépassement qui dépasse le rugby
Le discours de Bamba sent la salle de musculation et le terrain trempé, pas le séminaire de développement personnel. Il veut rester le premier au « 10/80 », ce test d'explosivité avec corde, quitte à refuser qu'un plus jeune le batte. « Même aujourd'hui avec mes blessures, je n'accepte pas qu'un plus jeune que moi fasse un meilleur score que moi », dit-il. L'esprit de compétition, le vrai, celui qu'on voulait nous interdire à l'école au nom de l'estime de soi.
Ses blessures, il en a fait une force, compensant la perte de vitesse par l'intelligence de jeu. « Quand tu es jeune, tu montes à 32 km/h, et quelques années plus tard avec les pépins, tu galères à monter à 30 km/h. Tu compenses avec l'expérience », explique-t-il. Une leçon d'humilité que certains éternels adolescents de 40 ans, confortablement installés dans les think tanks, gagneraient à méditer.
Rappelons tout de même que le sport de haut niveau, c'est le mérite à l'état brut : « Si tu n'es pas au top, un autre prend ta place », résume Bamba. Pas de quota, pas de tirelire publique, pas de commission européenne pour la diversité des mêlées. Juste la performance, la sueur et la sanction immédiate si tu relâches. C'est peut-être pour ça que le rugby parle autant aux gens qui paient, comme le rappelait notre
