Près de 500 commerces ont été touchés et plus de 30 000 pillards ont défilé samedi 17 octobre dans les rues de Marseille, selon la préfecture de police des Bouches-du-Rhône. Le ministre de l'Intérieur Laurent Nunez s'est déplacé ce lundi 19 octobre, deux jours après le désastre.
Pendant que la manifestation contre la vie chère défilait sagement, une autre France, celle qu'on n'a pas le droit de nommer, s'est donnée en spectacle. Vitrines éventrées, magasins vidés comme des garde-mangers après une invasion de sauterelles. Benoit Payan, le maire de la ville, réclame des comptes au gouvernement. Ben voyons. Comme si l'État était encore quelque part entre Perpignan et Calais.
« On a dormi sur place pour tenter de sauver ce qu'il restait à sauver »
Laurent Mazzella, gérant de la brasserie Davico, a témoigné ce lundi matin sur RMC. Son récit vaut toutes les dépêches de l'AFP réunies.
« On a fermé à 12h30, on a mis en sécurité et on est parti parce que ça commençait à sentir mauvais. Ça a gazé quelques minutes plus tard. Les premières intrusions ont eu lieu à 19h jusqu'à 1h du matin. À partir de là, on a pu revenir avec un vigile et on a passé la nuit là-bas. On a dormi sur place pour tenter de sauver ce qu'il y avait à sauver », a-t-il indiqué.
Lisez bien cette phrase. Un patron de brasserie marseillaise a dû camper dans son propre établissement, avec un vigile payé de sa poche, pour protéger son gagne-pain. On nage en pleine résistance. Le Moyen Âge appelait ça la milice bourgeoise ; la France de 2026 appelle ça « la débrouille ».
Le restaurateur salue le travail des policiers, qu'il faut saluer aussi, parce que 118 d'entre eux ont été blessés samedi. Mais il pointe un dispositif indigent.
« On a, nous commerçants, l'habitude de voir des manifs, mais ce qui a été mis en place ce jour-là, de l'œil d'un humain profane, ce n'est pas normal », a-t-il appuyé.
Un humain profane voit ce que nos élites déconnectées, retranchées dans leurs bureaux ministériels climatisés, ne verront jamais : un pays qui ne se protège plus. La préfecture a compté 8 000 émeutiers actifs et 99 gardes à vue. Faites le calcul : 99 arrestations pour 30 000 pillards. C'est le taux d'élucidation d'unradar automatique en panne.
« On ne sera pas aidé avant un moment » : l'État absent, le commerçant debout
Le plus édifiant dans ce témoignage, c'est la lucidité. Mazzella ne réclame pas des aumônes. Il remonte sa garde.
« On est dans l'après, on est sur une jambe et on travaille parce qu'on n'a pas le choix parce qu'il faut avancer et faire tourner notre économie à nous parce qu'on ne sera pas aidé avant un moment », a-t-il pointé.
Voilà la phrase de l'année. Le petit entrepreneur français sait déjà qu'il ne doit compter que sur lui-même. Pendant ce temps, les associations et autres experts en empathie budgétaire trouveront toujours un budget pour tout, sauf pour ceux qui font tourner le pays. C'est Nicolas qui paie, encore, toujours. Nicolas paie les pillages, paie les vitres, paie l'insécurité, et paiera les aides qui n'arriveront pas.
Le centre-ville sous les panneaux de bois
Dimanche, les Marseillais ont découvert l'étendue du champ de bataille. Des panneaux de bois remplacent les vitrines, comme après un ouragan. Selon la CCI France, environ 500 magasins ont été touchés.
« C'est un désastre. On ne comprend pas que ça puisse arriver là », a témoigné une passante.
« On voit des morceaux de verre, des vitrines éventrées, des magasins pillés... Je ressens beaucoup de tristesse », a déploré une autre.
Annie, habitante, a résumé le sentiment général avec une clairvoyance que certains ministres devraient faire encadrer.
« Je crois que c'est prévisible et je crois que ça n'a pas été suffisamment pris au sérieux. Mais ça ce ne sont pas les cortèges, ce ne sont pas les étudiants. Chaque fois qu'il y a une manifestation il y a des gens qui s'agrègent et qui viennent pour voler, pour casser, pour revendre », a-t-elle indiqué.
Tout le monde sait. Annie le sait. Les commerçants le savent. Les policiers le savent. Seuls les communicants de la place Beauvau semblent l'ignorer, ou feignent de l'ignorer, ce qui est pire. Samedi, la France a encore constaté que quelques milliers de casseurs professionnels savent exactement où frapper, quand frapper, et que personne ne sera là pour les en empêcher.
La manifestation bafouée par ses propres parasites
Il faut être honnête : le cortège contre la vie chère était pacifique, et certains manifestants sont légitimement amers. Nawel en faisait partie.
« Il y avait des très belles pancartes, il y avait de très beaux messages, c'était multi-générationnel. Ce que je regrette, c'est qu'aujourd'hui, on ne parle que de ça alors qu'il s'est passé beaucoup d'autres belles choses. J'ai peur que derrière le message soit détourné et bafoué. Ce serait dommage », a-t-elle indiqué.
Elle a raison, et c'est bien le drame. Chaque revendication sociale légitime en France est prise en otage par une meute qui ne manifeste pas, qui revendique rien, qui demande rien à personne, qui prend. La gauche crie au complot quand on le dit, mais crie aussi au scandale quand les vitres volent. Il faudra pourtant choisir un camp un jour : celui des cortèges ou celui des pillards. C'est le même désordre qui nourrit les deux.
Ce lundi, Nunez est donc venu à Marseille, poignées de main et mines graves obligent. La
