Cyril Hanouna est visé par une plainte pénale déposée le 29 octobre par la Ligue de défense des valeurs républicaines (LDVR), qui lui reproche d'avoir exposé un journaliste de Ouest-France en direct dans son émission de W9, déclenchant selon elle une vague de cyberharcèlement. Les qualifications invoquées : harcèlement moral par instigation, complicité de harcèlement moral, diffamation publique et injure publique. Des accusations, pas encore des faits jugés. Nuance que certains médias mainstream s'empresseront d'oublier, ben voyons.
L'information a été révélée par Public.fr, qui revient sur la séquence de Tout beau, tout n9uf au cœur du contentieux. Une séquence qui, cette fois, pourrait coûter bien plus cher qu'un passage à la case CSA.
Comment tout a commencé : un article de trop
Remontons au 20 octobre. Ce jour-là, Ouest-France publie un article sur le traitement des thèmes politiques dans l'émission de Cyril Hanouna sur W9. Le quotidien régional s'interroge sur les débats de l'animateur et de ses chroniqueurs au sujet des incidents ayant suivi les manifestations du 17 octobre. Le Parisien rappelle un détail piquant : M6 s'était engagé, lors du recrutement de l'animateur à la rentrée 2025, à recentrer ses émissions sur le divertissement, sans débats politiques ni sujets de société.
Un engagement verbal, visiblement, résistant à peu près aussi bien qu'un parapluie face à l'artillerie. Toujours est-il que l'article ne passe pas. L'animateur décide d'y répondre en direct, dès le soir même.
Le CV du journaliste passé au peigne fin, en direct
Sur l'antenne, Cyril Hanouna ironise d'abord sur le travail du journaliste, puis sur les audiences du groupe Ouest-France et de sa chaîne NOVO19. Puis il passe à la vitesse supérieure.
“J'ai mes équipes qui se sont intéressées à ce journaliste”, annonce-t-il, avant de préciser : “J'ai regardé un petit peu son CV.”
L'animateur énumère alors plusieurs médias dans lesquels le journaliste a travaillé, conclut qu'il le “suit” depuis des années, et lui propose même un selfie. Avec sa famille, précise-t-il. Détail que Midi libre relève également dans sa propre reprise de l'affaire. Citer la famille d'un journaliste en direct, voilà qui sent le pas de charge plus que la riposte éditoriale.
La LDVR passe à l'assaut judiciaire
Pour la LDVR, un réseau regroupant 13 associations de défense des droits, la limite est franchie. L'organisation affirme que la séquence a entraîné une vague de messages malveillants et insultants contre le reporter.
“On n'utilise pas sa notoriété pour nuire à autrui !”, résume son président, Michael Bastien, auprès du Parisien.
Sa plainte ne se contente pas de contester les mots : elle reproche à l'animateur d'avoir exposé le parcours professionnel du journaliste et tourné en dérision ses anciennes collaborations, en tenant compte de son audience massive. Selon Closer, la LDVR réclame même la garde à vue de Cyril Hanouna et exige une enquête, ainsi que la récupération de l'enregistrement intégral de la séquence. L'artillerie lourde, donc.
De son côté, François-Xavier Lefranc, directeur de la publication de Ouest-France, a défendu son salarié. Il rappelle que le journaliste avait respecté les règles du débat contradictoire et que la chaîne avait été invitée à apporter son point de vue.
Une affaire qui dépasse Hanouna
Réjouissons-nous d'abord d'une chose : pour une fois, ce n'est pas un chroniqueur souverainiste ou un contribuable ordinaire qui passe à la moulinette judiciaire pour avoir osé ouvrir sa bouche. Ici, c'est un animateur surmédiatisé qui doit s'expliquer. Là où l'on aimerait simplement que la même justice s'émotive aussi quand ce sont des Français de base, des Nicolas qui paient, qui se font insulter en ligne par des hordes de bien-pensants, on constatera hélas que la LDVR se montre plus prompte à sortir l'artillerie pour un journaliste de presse que pour l'honnête contribuable. Tout le monde sait que la hiérarchie des victimes est un sport national chez nos élites déconnectées.
Reste que les faits, eux, sont têtus. Une antenne de grande écoute donne un pouvoir de feu considérable. L'utiliser pour dézingler un journaliste en direct, c'est tirer au mortier sur un moineau. Et surtout, c'est donner des munitions gratuites à tous ceux qui rêvent d'encadrer, réguler, museler la parole audiovisuelle. Chaque dérapage d'un Hanouna est un cadeau emballé aux partisans de la censure douce, à l'Arcom et aux apprentis gendarmes de la pensée. Quand la discipline manque, le bastion finit toujours par tomber de l'intérieur.
Il y a aussi un autre angle, moins confortable pour la profession journalistique. Un journaliste écrit un article, l'animateur répond en direct, et la réponse devient affaire pénale. Depuis quand répond-on à une critique par une plainte pour harcèlement moral ? Le débat contradictoire suppose des coups portés et reçus, pas des avocats en première ligne. Si chaque polémique télé doit finir au tribunal, on ferme les plateaux et on diffuse des documentaires sur les manchots. Ceux qui ont applaudi à l'arsenal juridique anti-Hanouna devront se souvenir de leur enthousiasme le jour où le même arsenal sera pointé sur eux.
Les suites de la plainte
Pour l'heure, il s'agit de qualifications invoquées par l'association dans sa plainte, et non de faits judiciairement établis. Cyril Hanouna n'a pas été mis en examen, ni même entendu par la justice à ce stade. La procédure suit désormais son cours, et la suite dépendra de l'appréciation du parquet sur la portée réelle de la séquence du 20 octobre.
W9 et M6, elles, devront aussi répondre d'une question plus embarrassante : que reste-t-il de l'engagement de recentrage sur le divertissement pris à la rentrée 2025 ? Réponse probable : à peu près ce que valent les promesses de candidats en campagne.
Ce que reproche exactement la LDVR à Cyril Hanouna
Quelles qualifications pénales sont visées par la plainte ?
La LDVR vise le harcèlement moral par instigation, la complicité de harcèlement moral, la diffamation publique et l'injure publique. Ce sont des qualifications invoquées dans la plainte, pas des faits judiciairement établis.
Qui est le plaignant dans cette affaire ?
La Ligue de défense des valeurs républicaines, un réseau national regroupant 13 associations de défense des droits, présidée par Michael Bastien. La plainte a été déposée le 29 octobre.
Quel journaliste a été ciblé par Cyril Hanouna ?
Un reporter de Ouest-France, auteur d'un article du 20 octobre sur le traitement des thèmes politiques dans l'émission de l'animateur sur W9. Son identité n'est pas rendue publique.
