Le 31 octobre, pendant qu'Halloween déversait ses sorcières sur Berlin, 3 500 manifestants se massaient sur la Rosenthaler Platz sous la bannière « La génération Z en a assez ! ». La police n'en attendait que 500. Ben voyons. Selon le reportage d'euronews, la soirée a vite quitté le registre de la manif lycéenne pour rejoindre celui du cortège de guerre.
Le contexte : les élèves allemands protestent contre le retour possible du service militaire et contre des écoles délabrées. Revendication légitime, tonnerre de Dieu. Sauf que derrière, tout le monde sait qui tire les ficelles. Le quotidien taz avait déjà alerté sur la présence de groupes d'extrême gauche dans les appels à manifester : « Sozialismus von unten », « Kommunistischer Aufbau », « Young Struggle », le tout arrosé par la « Linksjugend solid », la jeunesse de Die Linke. Rien de très spontané là-dedans.
Une manif lycéenne, un encadrement d'apparat
Sur place, le décor plante le décor. Cagoules noires, lunettes miroir, keffiehs rose, rouge et noir, pancartes piétinées, fumigènes, pétards. Dans le métro, des silhouettes tout de noir vêtues et cagoulées convergent vers le point de rassemblement. On scande « A-A-A-Antikapitalista », « Les sionistes sont des fascistes » et même un élégant « Fuck you Germany ». Pendant ce temps, des parents déguisés en pirates promènent leurs enfants déguisés en princesses. La gauche révolutionnaire et les magiciens de Halloween, même cortège, même combat. Ou pas.
Le cortège s'immobilise sur la Prenzlauer Allee, devant un tramway de la BVG bloqué en pleine voie. Vingt minutes de confrontation. « L'Internationale » retentit à la trompette, les youyous fusent, un agent bouscule une femme portant une boîte à pizza. Une manifestante hurle aux forces de l'ordre : « C'est vous qui faites monter la tension, vous frappez des enfants ! » Les mêmes qui lancent des pierres sur les vitrines accusent la police de violence. La contradiction est totale, donc parfaitement assumée.
Les mises en garde existaient, personne n'a voulu les entendre
Le syndicat de la police berlinoise (GdP) avait pourtant tiré la sonnette avant la manif. Il craignait que des « forces radicales » n'instrumentalisent les rassemblements de solidarité « à leurs propres fins et pour leurs fantasmes de violence ». La communication du Sénat de Berlin allait dans le même sens : des acteurs de l'extrémisme de gauche et de l'extrémisme à dimension étrangère appelaient à la mobilisation pour récupérer et radicaliser la protestation. Objectif assumé, selon l'administration : « réinterpréter une protestation civique légitime comme un combat contre l'État de droit et la démocratie libérale ».
Mission accomplie, donc. Le porte-parole de la police de Berlin, Jörn Iffländer, a confirmé au journal BILD des jets de pièces pyrotechniques, de pierres et d'œufs sur les commerces, des dégradations, et des interpellations d'auteurs identifiés. Pendant ce temps, la ministre allemande de la Famille, Karin Prien, exhorte les jeunes à ne pas se laisser « instrumentaliser par l'extrême droite ou l'extrême gauche », tandis que le mouvement « GenZ regelt » insiste sur son rejet de la violence et rappelle qu'il n'était pas responsable du cortège du soir.
Die Linke et son petit zoo militaire
Le bestiaire de la récupération mérite un inventaire. À la mi-octobre, environ 150 élèves et étudiants se réunissaient dans les locaux du quotidien marxiste « Junge Welt », que l'Office fédéral de protection de la Constitution rattache au spectre de l'extrémisme de gauche. Invitée : la jeunesse de Die Linke de Neukölln, l'arrondissement où tout le monde sait que rien ne se perd, tout se récupère.
Le 4 septembre, un représentant de la « Linksjugend solid Neukölln » distribuait aux élèves du collège Fritz-Karsen des autocollants montrant un chat armé d'une Kalachnikov, un drapeau palestinien et un marteau avec sa faucille. Un chat avec une Kalachnikov pour la jeunesse : les élites déconnectées appellent sans doute cela de la pédagogie créative.
Le sous-groupe « Solid Berlin-Mitte » arbore sur Instagram un marteau et une faucille sur drapeau palestinien en photo de profil. Parmi les abonnés : Ferat Koçak, responsable politique de Die Linke, déjà critiqué pour des liens présumés avec des clans et une photo aux côtés d'Ibrahim Ibrahim, considéré comme un soutien du FPLP, organisation terroriste. Également abonné : Tom Köning, 17 ans, porte-parole fédéral de la controversée BAG Palisoli, dont la porte-parole berlinoise, Hannah Bruns, fait l'objet d'une demande d'exclusion du parti pour antisémitisme présumé. Le Tagesspiegel rapporte que les services de protection de la Constitution de Berlin s'intéresseraient aussi à ce groupe.
À Neukölln toujours, la députée Vanessa Emde, critiquée pour ses positions sur Israël, pèse sur les négociations d'une éventuelle coalition Die Linke-SPD-Verts à Berlin. Le parti de « l'antifascisme » trimballe donc dans ses bagages des convives que même ses propres militants veulent exclure. C'est Nicolas qui paye l'addition, comme toujours.
Des violences dans toute l'Allemagne
Berlin n'a pas été une exception. À Hambourg, des barricades ont brûlé et la police a utilisé du gaz poivre. À Cologne, des interpellations et des canons à eau. À Francfort-sur-le-Main, selon Le Nouvel Observateur, de violents affrontements ont opposé manifestants et forces de l'ordre, attaquées par des pièces pyrotechniques, des bouteilles et des pierres. Plusieurs policiers ont été blessés. Des violences urbaines ont d'ailleurs été signalées dans plusieurs villes allemandes en marge des cortèges.
Le bilan est simple : une contestation scolaire légitime, sabordée en une soirée par les habits noirs de service, avec la bénédiction molle d'un establishment qui découvre soudain que la radicalité que l'on caresse finit toujours par mordre. Les policiers blessés, les vitrines brisées et le tramway bloqué, eux, ne défileront pas. Ils nettoieront.
Ce qu'il faut retenir
Qui a organisé la manifestation du 31 octobre à Berlin ?
Le rassemblement de la Rosenthaler Platz a été appelé notamment via le compte Instagram « @ortberlin », avec la participation de groupes d'extrême gauche comme « Sozialismus von unten », « Kommunistischer Aufbau » et « Young Struggle », soutenus par la « Linksjugend solid ». Le mouvement « GenZ regelt », lui, a tenu sa propre manifestation l'après-midi à la porte de Brandebourg et a précisé ne pas être responsable du cortège du soir.
La police berlinoise avait-elle été avertie d'une récupération ?
Oui. Le syndicat de la police GdP et l'administration du Sénat de Berlin avaient tous deux alerté avant le 31 octobre sur la présence d'acteurs d'extrême gauche cherchant à récupérer et radicaliser les protestations des élèves.
Y a-t-il eu des blessés ou des interpellations ?
À Berlin, la police a interpellé des auteurs d'infractions identifiés et constaté des dégradations. À Francfort, plusieurs policiers ont été blessés lors d'affrontements, et des interpellations ont eu lieu à Cologne comme à Hambourg.
