À six mois de la présidentielle 2027, les Écologistes ont proposé, mardi 13 octobre lors d'une conférence de presse à l'Assemblée nationale, d'accorder le droit de vote aux Français dès 16 ans. Jean-Luc Mélenchon a emboîté le pas, dimanche à Clermont-Ferrand, lors d'un meeting consacré au mouvement lycéen. La gauche a trouvé sa nouvelle réserve de voix, et elle a 16 ans.
Tout le monde sait pourquoi. Un lycéen qui vote, c'est un électeur qui n'a jamais payé d'impôts, jamais cotisé, jamais signé un bail. C'est un électeur parfait, en somme, pour un parti qui promet la lune à crédit. Et pendant ce temps, c'est Nicolas qui paie, comme toujours.
Que font nos voisins européens ?
Le tour d'horizon dressé par Ouest France est édifiant. Sur les 27 États membres de l'Union européenne, deux seulement ont abaissé la majorité électorale à 16 ans pour l'ensemble des scrutins : l'Autriche, en 2007, et Malte, en 2018. Deux pays qui, on le note avec délice, pèsent ensemble bien moins lourd que la France dans le concert européen.
La Grèce, elle, s'est arrêtée à 17 ans en 2016. Et la Hongrie réserve une surprise savoureuse aux amateurs de contradictions : on peut y voter à 16 ans, mais uniquement si l'on est marié. Autrement dit, les Hongrois exigent qu'on ait déjà pris des engagements d'adulte avant de choisir ses gouvernants. Une bizarrerie juridique qui a le mérite de rappeler qu'un bulletin de vote, ça se mérite.
Selon Wikipédia, la France elle-même a longtemps hésité : la Constitution de 1791 fixait la majorité électorale à 25 ans, celle de 1793 à 21 ans. L'abaissement à 18 ans ne s'est généralisé en Europe qu'après la Seconde Guerre mondiale. Nos aïeux trouvaient sans doute qu'un citoyen devait d'abord apprendre à vivre avant à gouverner.
Le cheval de Troie des scrutins locaux
Pour les élections locales et européennes, le cercle s'élargit un peu. L'Estonie autorise le vote à 16 ans pour ses scrutins municipaux. En Allemagne, huit Länder sur seize l'autorisent pour les élections régionales, onze pour les communales, et le jeune berlinois a glissé son premier bulletin dans l'urne le 20 septembre dernier. Le canton suisse de Glaris fait de même depuis 2007, l'Écosse depuis 2015, le Pays de Galles depuis 2020.
Pour les européennes de 2024, l'Allemagne et la Belgique ont rejoint l'Autriche et Malte dans le club des 16 ans, rappelle Le Monde. Et le Royaume-Uni a annoncé en juillet 2025 son intention d'abaisser l'âge du vote pour l'ensemble de ses scrutins, sans que la mesure soit entrée en vigueur à ce jour. Labour oblige, ben voyons.
Mélenchon et la gérontophobie assumée
Le plus savoureux dans cette affaire, c'est l'argumentaire mélenchonien. Le tribun insoumis a déclaré, selon RMC, que « certains retraités votent alors qu'ils sont moins concernés par l'avenir ». Voilà où nous en sommes : les personnes qui ont bâti ce pays, travaillé quarante ans, élevé leurs enfants et payé leurs impôts seraient désormais des électeurs de second rang, parce qu'elles auraient l'outrecuidance de vieillir.
Un retraité a moins de légitimité qu'un adolescent de 16 ans qui découvre la vie, la fiscalité et les conséquences d'un bulletin de vote ? Voilà qui résume la gauche en une phrase : adorer l'humanité en général, mépriser les Français en particulier. Surtout ceux qui ont l'impertinence d'avoir une retraite, et surtout surtout ceux qui ne votent pas pour elle.
Rappelons au passage ce que rappelle l'analyse du cabinet Kohen : en France, l'article L.2 du code électoral exige dix-huit ans accomplis pour voter. La question juridique de savoir si une simple loi suffirait ou si une révision constitutionnelle s'imposerait reste ouverte. Sachant que la majorité parlementaire actuelle n'arrive pas à faire passer un budget, comme nous l'avions raconté lorsque les socialistes ont voulu enterrer le texte de finances 2027, on relativisera la menace immédiate.
Un vieux cheval de bataille de la gauche
Le sujet n'est pas neuf. En 2022, Anne Hidalgo, Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon défendaient déjà le vote à 16 ans. Trois candidats, trois scores croustillants, zéro leçon retenue. Mais l'opération séduction reprend, portée par la mobilisation lycéenne qui a connu son « acte V » ce mardi 13 octobre, et que nous avons déjà suivie de près dans notre couverture des lycées en ébullition.
La stratégie est limpide. Face à l'hémorragie électorale chez les électeurs adultes, la gauche chercherait-elle à compenser du côté des bureaux de lycée ? Un électorat qui manifeste parce qu'un post TikTok l'y appelle voterait-il pour autre chose que pour celui qui promet d'abolir les contrôles, la sélection et l'effort ? Le Point parle d'ailleurs sans détour du « présidentiable qui veut faire voter les enfants ». Le mot est lâché, et il résume tout.
Il y a quelque chose de profondément révélateur dans cette obsession. Une gauche qui ne convainc plus les adultes rêve de convaincre les enfants. Une gauche qui a perdu les ouvriers, les campagnes et les classes moyennes se tourne vers ceux qui n'ont pas encore eu le temps de payer une facture d'électricité ou de subir la hausse de l'impôt. La souveraineté du contribuable contre la clientèle de l'adolescence : le combat de 2027 se dessine déjà.
La France n'a pas besoin d'abaisser l'âge du vote. Elle a besoin que ceux qui votent sachent ce que coûte ce qu'ils choisissent. À 16 ans, on peut apprendre, militer, s'engager. On peut aussi attendre deux ans, le temps d'apprendre ce que la vie réserve à ceux qui la paient.
FAQ
Quels pays européens autorisent le vote à 16 ans pour toutes les élections ?
Seuls l'Autriche depuis 2007 et Malte depuis 2018 autorisent le vote à 16 ans pour l'ensemble des scrutins nationaux, selon Ouest France. La Grèce a abaissé son seuil à 17 ans en 2016, et la Hongrie l'autorise à 16 ans uniquement pour les personnes mariées.
Les jeunes de 16 ans peuvent-ils voter aux élections européennes ?
Oui dans quatre pays de l'Union européenne : l'Allemagne, la Belgique, l'Autriche et Malte ont permis aux 16-17 ans de voter lors des européennes de 2024.
Quel est l'âge minimum pour voter en France ?
L'article L.2 du code électoral français exige dix-huit ans accomplis pour pouvoir voter, comme dans la grande majorité des pays européens.