Le groupe italien Leonardo, fleuron de l’armement transalpin, vient de planter son drapeau à Kiev. Objectif : transformer l’Ukraine en laboratoire grandeur nature pour ses drones, son intelligence artificielle et son fameux système de défense antiaérienne Michelangelo Dome. Une décision qui sent la poudre et le business, comme on les aime.
Leonardo Ukraine, filiale à 100 % du groupe, est officiellement enregistrée depuis mai. Avec un capital social d’à peine 100 000 euros, la structure est modeste sur le papier. Mais tout le monde sait que les petits ruisseaux font les grandes rivières, surtout quand elles coulent sur un champ de bataille.
Le directeur général Lorenzo Mariani l’a dit sans détour lors du salon de Farnborough en juillet : l’Ukraine a acquis « une expérience opérationnelle sans équivalent ». Traduction : nos amis ukrainiens ont appris à se battre avec les moyens du bord, et ça intéresse très sérieusement les industriels européens.
L’Ukraine, ce formidable terrain d’essai pour l’industrie de défense européenne
Quatre ans de guerre ont transformé l’Ukraine en immense laboratoire militaire. La guerre de tranchées façon 1914 s’est muée en une succession d’opérations high-tech reposant sur des systèmes sans pilote. Les ingénieurs ukrainiens ont appris à produire des drones à coût réduit, testés sur le terrain et améliorés au fil des combats.
Elio Calcagno, chercheur à l’Institut des affaires internationales, souligne la capacité extraordinaire des Ukrainiens à créer un flux d’informations continu entre la première ligne et les bureaux d’études. Une leçon de pragmatisme que nos élites déconnectées feraient bien d’étudier.
Parmi les innovations qui font saliver les industriels : la navigation sans GPS, la résistance au brouillage électronique et la reconnaissance automatique des cibles. De quoi faire pâlir d’envie les bureaux d’études de Paris ou de Berlin.
Michelangelo Dome : le nouveau joujou italien qui vaut 20 milliards
Le vrai objectif de Leonardo est connu de longue date. Le groupe contrôlé par le ministère italien de l’Économie veut tester en conditions réelles son système intégré de défense aérienne, le Michelangelo Dome. Un bouclier complémentaire des Patriot américains et des SampT européens, pour lequel on anticipe un chiffre d’affaires de 20 milliards d’euros sur dix ans. Ben voyons.
Il faut bien que quelqu’un paie pour ces joujoux. Et comme d’habitude, c’est Nicolas qui paye. Le contribuable européen, celui qui trime pour boucler ses fins de mois, finance allègrement ces expérimentations de haute volée.
Le pôle Brave1 : 2 500 entreprises au service de la guerre du futur
Pour soutenir ces efforts, le gouvernement de Kiev a créé Brave1, un pôle public d’innovation qui rassemble quelque 2 500 entreprises spécialisées dans les drones, la guerre électronique et l’intelligence artificielle. Un véritable bastion de la résistance technologique.
Ce pôle s’appuie sur le Brave1 Dataroom, développé avec l’américain Palantir. Des données visuelles et thermiques recueillies en conditions réelles servent à entraîner des algorithmes capables de reconnaître et d’intercepter les menaces aériennes. La matière première du futur, c’est la donnée. Et l’Ukraine en produit à la pelle.
Bruxelles sort le carnet de chèques : 60 milliards pour la coopération défense
L’Union européenne, dans sa grande sagesse, a mis jusqu’à 60 milliards d’euros sur la table pour les coopérations avec la défense de Kiev. Pendant ce temps, nos agriculteurs attendent leurs aides et nos petits entrepreneurs crèvent sous les normes. Mais ne chipotons pas.
L’Allemagne, par l’intermédiaire de plusieurs de ses entreprises, a déjà compris l’intérêt stratégique de la manœuvre. La France, elle, suit le mouvement avec la licence britannique pour produire en Ukraine le missile de croisière Storm Shadow-Scalp, dont la portée varie de 250 à 500 kilomètres. Un missile fabriqué par MBDA, détenu à 37,5 % par BAE Systems et Airbus, et à 25 % par Leonardo. Tout un programme.
Les données du champ de bataille : le nouvel or noir
À l’ère de l’intelligence artificielle, l’acquisition de données en temps réel constitue la véritable ressource pour affiner la conception des systèmes de défense. Le printemps dernier, le ministre italien de la Défense Guido Crosetto a rencontré son homologue Mykhailo Fedorov, le gourou de la guerre hybride de Kiev, avant que ce dernier ne soit évincé par Zelensky. Les affaires continuent, comme toujours.
« Pour comprendre la réaction des systèmes russes de défense aérienne, combien de missiles parviennent à passer, dans quelles conditions, dans quelles zones, ce sont autant d’informations utiles pour ceux qui conçoivent ces systèmes », explique Elio Calcagno. Une mine d’or pour les industriels, un cimetière pour les soldats. Mais ça, on n’en parle pas trop dans les salons feutrés de Bruxelles.
FAQ : Leonardo et l’Ukraine, les questions que tout le monde se pose
Qu’est-ce que le système Michelangelo Dome ?
Le Michelangelo Dome est un système intégré de défense antiaérienne développé par Leonardo, complémentaire des batteries Patriot américaines et des SampT européennes. Il est destiné à protéger des zones étendues contre les menaces aériennes, drones et missiles inclus.
Pourquoi Leonardo s’implante-t-il en Ukraine ?
L’Ukraine offre un terrain d’essai unique pour tester en conditions réelles les drones, l’intelligence artificielle et les systèmes de défense. L’expérience opérationnelle acquise par les forces ukrainiennes est considérée comme sans équivalent par les industriels européens.
Combien Bruxelles investit-elle dans la coopération défense avec Kiev ?
Selon Il Fatto Quotidiano, l’Union européenne aurait mis à disposition jusqu’à 60 milliards d’euros pour les coopérations avec la défense de Kiev, notamment pour la production de drones et de systèmes de surveillance.
Quel est le rôle de Palantir dans le pôle Brave1 ?
Palantir, entreprise américaine, a développé le Brave1 Dataroom, une plateforme qui met à disposition des données visuelles et thermiques recueillies en conditions réelles pour entraîner des algorithmes de reconnaissance et d’interception des menaces aériennes.