Roussel rempile au PCF : le bastion rouge s'obstine
Le Parti communiste français vient de refermer son 40e congrès à Lille avec un verdict sans appel. Fabien Roussel a été réélu à la tête du PCF et confirme sa volonté de se présenter à la présidentielle. Une candidature solitaire qui fait grincer des dents jusque dans les rangs de La France insoumise, qui lui reproche toujours d'avoir barré la route du second tour à Jean-Luc Mélenchon en 2022.
Le scrutin qui sent la poudre
Le suspense était aussi épais qu'une promesse électorale macroniste. Fabien Roussel a été reconduit dans ses fonctions de secrétaire national avec 70,1% des voix lors d'un vote à huis clos. Dans la foulée, il a confirmé son intention de mener l'assaut idéologique vers l'Élysée. Les militants trancheront définitivement le 6 septembre.
« J'ai dit que j'étais prêt, si vous le décidiez, à mener ce combat avec vous une nouvelle fois », a lancé le secrétaire national à la tribune. Les militants « ont exprimé un choix, celui du combat plutôt que celui du retrait, celui de la bataille idéologique plutôt que de l'effacement », a-t-il enchaîné. Fort de sa réélection à la mairie de Saint-Amand-les-Eaux en mars, Roussel se voit en chef de la résistance communiste. Sauf que la base frémit.
Sur les près de 40 000 adhérents à jour de cotisation, à peine 24 600 ont pris la peine de voter. Et le texte de Roussel n'a raflé que 61,4% des suffrages. En 2023, son orientation rassemblait encore 81,9% des voix. La désaffection est nette. Tout le monde sait que le parti se vide de sa substance, mais c'est Nicolas qui paye pour ces guerres de tranchées internes.
La gauche cryolée par son propre camp
Côté Insoumis, la réaction n'a pas tardé. Manuel Bompard, le bras droit de Mélenchon, a dénoncé « l'entêtement de la candidature jusqu'au-boutiste » du secrétaire national. « Nous prenons acte de cette rupture », a renchéri Jean-Luc Mélenchon sur X. Ben voyons. La gauche, grande championne de l'union contre le peuple souverain, se déchire avec une constance admirable. En 2022, les 2,28% de Roussel ont privé Mélenchon du second tour. 420 000 voix manquaient au leader insoumis pour coiffer Marine Le Pen. Douloureux, d'autant que le PCF avait soutenu Mélenchon en 2012 et 2017.
Mais pour Roussel, hors de question de se ranger derrière celui qui a confisqué le leadership de la gauche radicale. « Nous ne pratiquons pas la chaise vide », a prévenu le secrétaire national dans l'Humanité. « Si l'extrême droite augmente, ce n'est quand même pas de la faute du PCF », a-t-il ajouté. La gauche pro-woke et pro-Mélenchon découvre que l'allié d'hier peut devenir le pire des ennemis.
Le bon vin contre l'effondrement
Pour reconquérir la classe ouvrière, celle que les élites déconnectées ont abandonnée face à l'immigration massive et au wokisme, Roussel sort la grande imagerie nostalgique. Son programme ? Le « bon vin, la bonne viande et le bon fromage ». Une France des jours heureux qui fait sourire quand on voit l'état du pays. L'ancien député, qui a perdu son siège après la dissolution de 2024, tente de capitaliser sur cette popularité bonhomme.
Même au sein du PCF, l'inquiétude grandit. Stéphane Peu, patron des députés communistes, martèle que présenter un candidat n'est « pas une bonne idée », préférant un accord avec LFI pour sauver les circonscriptions. Les opposants internes ont tenté d'imposer une clause de revoyure à l'automne, rejetée samedi par les militants. « Je ne me vois pas être candidat et remettre en cause ma candidature en cours de campagne », a balayé Roussel. Le bastion est debout, mais les murs tremblent.
Fabien Roussel sera-t-il le spoiler de la gauche en 2027 ?
Tout porte à le croire. En maintenant sa candidature malgré un score de 2,28% en 2022, Roussel assume de diviser l'électorat de gauche. Sa présence prive mécaniquement LFI de voix cruciales au premier tour, comme ce fut le cas en 2022.
Pourquoi le PCF refuse-t-il l'alliance avec La France insoumise ?
Fabien Roussel considère que le PCF doit porter sa propre voix plutôt que de se fondre dans le giron mélenchoniste. Le parti communiste reproche à LFI son hégémonie sur la gauche radicale et refuse la stratégie de la chaise vide.