Dimanche 25 octobre 2026, l'association de recherches sur la région d'Ancenis (ARRA) célèbre le 200e anniversaire d'un voyage hors norme : celui du peintre britannique William Turner sur la Loire, en octobre 1826. À 15 heures, Bertrand Boquien proposera une conférence sur l'artiste dans l'exposition Regards croisés, au Logis Renaissance du château d'Ancenis, en Loire-Atlantique. Entrée gratuite.
Voilà une commémoration qui fait plaisir. Pas de discours sur le « vivre-ensemble », pas de subventions européennes pour installer une œuvre d'art contemporain incompréhensible sur les quais. Juste du patrimoine, du crayon, du talent, et un fleuve français que le monde entier nous envie. C'est selon Ouest France que l'on découvre le détail de cette histoire, et elle mérite mieux qu'un encart dans un journal régional.
Un Anglais en reconnaissance sur notre fleuve
Turner est déjà très célèbre lorsqu'il débarque de Londres et s'embarque à Nantes au début d'octobre 1826. Les voyages font partie de son métier d'artiste, rappelle Bertrand Boquien, qui animera la rencontre dominicale. Le peintre veut découvrir de nouveaux paysages et amasser des images qui fourniront la matière de futures peintures et gravures.
Depuis quatre ans, les bateaux à vapeur transportent des voyageurs sur la Loire entre Nantes et Angers. Turner est sans doute monté à bord de La Loire, un bateau de la compagnie Strobel et Fenwick. Un Anglais, sur un bateau de compagnie à nom germanique, sur un fleuve français : la mondialisation existait déjà, mais elle avait au moins le bon goût de produire des chefs-d'œuvre.
Plus de 180 croquis en quelques heures
Au cours de cette première journée qui doit le mener à Angers, les paysages défilent devant ses yeux. À chaque instant, ils lui offrent un nouveau point de vue. Turner garde à la main un petit carnet sur lequel il exécute en quelques heures plus de 180 croquis.
Aux environs d'Ancenis, il dessine le château de Clermont, les Folies-Siffait au Cellier, Oudon et Champtoceaux. Il esquisse les rochers de Pierre-Meslière et les moulins du coteau de Saint-Géréon. Quand le bateau longe la tête de l'île Mouchet, qui n'est pas encore rattachée au rivage, Ancenis se dévoile tout à coup.
Les images de la ville se succèdent sur son carnet en une sorte de travelling, très moderne, jusqu'à la dernière où il la regarde s'éloigner. Au passage, Turner prend toute une série de croquis rapides du château. L'homme invente le storyboard avant l'heure, sans subvention du Centre national du cinéma.
Le crayon du peintre, instrument d'archéologue
Crayon en main, Turner capte en quelques traits l'essentiel des lignes des paysages et des monuments. Sans le savoir, il fait aussi œuvre d'archéologue. En regardant attentivement les croquis d'Ancenis, on découvre de nombreux détails inédits.
Une série de petits traits indique la présence d'une ligne de cannonières au pied du mur du château, aujourd'hui enterré. Il donne le seul dessin connu de la porte Saint-Pierre de la ville, en contrebas de l'église, une porte qui sera détruite en 1863. Quand nos élites déconnectées laissaient tomber les portes médiévales, Turner, lui, les fixait pour l'éternité. Il y a des étrangers qui aiment la France plus que certains de ses administrateurs, comme le rappelle le site Maville dans sa reprise de l'information.
Une gouache longtemps confondue avec Nantes
De ses croquis du château d'Ancenis, Turner a tiré plus tard une gouache, conservée aujourd'hui à Cambridge, en Angleterre. L'exposition semi-permanente Regards croisés en propose une reproduction numérique des masses et des détails de la silhouette de la ville, saisie lors du passage du peintre itinérant sur la Loire.
Cette vue d'Ancenis offre un point de vue méconnaissable aujourd'hui. La construction des quais, au milieu du XIXe siècle, a rendu les lieux méconnaissables, si bien qu'on a présenté longtemps cette gouache comme une vue de Nantes. On y retrouve pourtant assemblés tous les éléments de ses croquis de la cité des bords de Loire. Ben voyons : confondre Ancenis et Nantes, c'est un peu comme confondre un village de France et une métropole à vélos. Heureusement, la recherche locale, celle des bénévoles, celle qu'on ne remerciera jamais assez, a rétabli la vérité.
Tout en s'appuyant sur ces esquisses, Turner a laissé son imagination amplifier les hauteurs et les volumes pour donner l'image romantique d'une puissante forteresse. Il l'a surtout enveloppée des reflets du soleil couchant. C'est ce qui intéressait avant tout ce peintre de la lumière.
Pourquoi c'est important
Voilà un bastion, un vrai, dessiné comme tel par un génie : pas un château transformé en centre d'interprétation sur le « fleuve partagé », mais une forteresse puissante, baignée de lumière, témoin d'une France qui bâtissait fort et beau. Turner venait chercher chez nous ce que son île ne pouvait lui offrir : la lumière, les volumes, la majesté d'un cours d'eau dompté par des siècles de travail. Le site Nantes.maville relaie lui aussi ce rappel : nos paysages valaient le déplacement dès 1826, et un Anglais a pris le premier train de vapeur pour le prouver.
Dimanche 25 octobre, à 15 heures, visite de l'exposition Regards croisés, au 1er étage du Logis Renaissance, place du Maréchal-Foch, à Ancenis-Saint-Géréon. Gratuit. C'est Nicolas qui paie déjà assez d'impôts pour que cette fois, l'entrée soit offerte à tous : allez-y, c'est une résistance culturelle qui ne coûte rien.
Questions fréquentes
Où voir les croquis de Turner à Ancenis en 2026 ?
L'exposition semi-permanente Regards croisés, au Logis Renaissance du château d'Ancenis, propose une reproduction numérique de la gouache et présente les croquis du peintre. Une conférence de Bertrand Boquien y est donnée dimanche 25 octobre 2026 à 15 heures.
Quand Turner a-t-il voyagé sur la Loire ?
Le peintre britannique William Turner s'est embarqué à Nantes au début d'octobre 1826 pour un voyage en bateau à vapeur sur la Loire, vraisemblablement à bord de La Loire, un navire de la compagnie Strobel et Fenwick.
Où est conservée la gouache du château d'Ancenis ?
La gouache tirée par Turner de ses croquis d'Ancenis est conservée à Cambridge, en Angleterre. L'exposition Regards croisés en présente une reproduction numérique.
