À 20 ans, Celio Leone incarne tout ce que les plateaux parisiens ont oublié : la jeunesse des petites villes qui travaille, transmet et gagne sans subvention d'ingénierie sociale. Selon LaProvence.com, le Sisteronais mène de front deux carrières sportives, le football et la boule lyonnaise, et il ne compte pas lâcher l'un des deux terrains de sitôt.
Retour sur un parcours qui fleure bon la Provence profonde, loin des stades dorés et des agences de communication.
Du ballon aux boules : un Sisteronais à double détente
Sur les bancs de l'école de la Baume, à Sisteron, Celio Leone était déjà celui qu'on voulait tous dans son équipe. Le plus rapide, le plus technique, le plus agile à la balle au prisonnier. Bref, le gamin qui gagne. Et qui, déjà, ne jouait pas pour participer.
« Quand j'étais plus petit, j'avais un tempérament très virulent. J'étais très excité, hyperactif et j'avais beaucoup de problèmes de concentration », reconnaît-il auprès de LaProvence.com. Vingt ans plus tard, l'hyperactivité a été canalisée en énergie de compétiteur. Les éducateurs de banlieue dorée qui prêchent la méditation en pleine conscience feraient bien de venir observer le résultat.
Le sport est entré très tôt dans sa vie. Dès 4 ans, il tape le ballon à la maison avant d'intégrer l'équipe de football de Sisteron en baby-foot. En 2013, il bifurque vers le karaté à Château-Arnoux et décroche une troisième place aux championnats de Provence. Un digne natif de Digne, donc, qui métaphoriquement comme sportivement ne recule pas.
L'OM dit non, la Grosse Boule dit oui
L'adolescence, lui, se concentre sur le football. Ses premières saisons se passent sous les ordres de Kévin Da Costa, actuel joueur du SFC. Puis arrive Fabrizio, un entraîneur qui a l'idée d'audace : l'emmener faire des essais au centre de formation de l'Olympique de Marseille.
Verdict des recruteurs phocéens : pas retenu, manque de physique. Vous connaissez la chanson. Les grands centres de formation, ces usines à trier les gamins comme du bétail standardisé, ont leurs critères. Ben voyons. Celio repart déçu mais pas désespéré, tente le Gap Foot 05, et des pépins physiques le renvoient au bercail sisteronais plus tôt que prévu.
C'est là que le destin, qui a parfois de l'humour, s'en mêle. À 15 ans, il vient récupérer ses clés de maison et tombe par hasard sur un match de son père, joueur de boule lyonnaise.
« Quand il m'a vu arriver, il était content donc il m'a proposé de faire un entraînement. Je suis donc venu tester avec mon ami Nino Chabal et on a accroché direct », se remémore-t-il. Marc Dussaillant, alors entraîneur de l'équipe sisteronaise, a sauté sur l'occasion : un jeune qui s'intéresse à la grosse boule, c'est plus rare qu'un éditorial de France Inter vantant la souveraineté nationale.
Une anecdote qui rappelle une chose simple : les vocations naissent souvent dans la transmission familiale, pas dans les comités de pilotage.
La Grosse Boule sisteronaise en ascension fulgurante
Après un an d'entraînement, Celio intègre l'équipe. Et là, les résultats tombent comme un tir au but en or : championnat de National 3 remporté dès sa première saison, puis championnat de National 2, avant une finale perdue de National 1 qui qualifie tout de même la Grosse Boule sisteronaise pour la montée en Elite 2.
Des performances à la chaîne qui offrent un statut solide à la GBS. Pendant que certaines disciplines olympiques surmédiatisées cherchent leur public, la boule lyonnaise, elle, construit des bastions dans les villes réelles. Avec des règles, un calendrier et des championnats. Tout ce qui fâche les apôtres du sport-spectacle sans racines.
« Les boules m'ont vraiment appris à rester calme, concentré, à rester patient, ce qui m'a beaucoup aidé pour le foot. Inversement, le football m'a appris à gérer la pression donc quand j'étais sur les terrains, le bruit, l'ambiance, ça ne me déstabilisait pas », explique le bouliste provençal.
Un équilibre entre deux disciplines que la boule, sport de technique, de lucidité et de calme, a su apporter à un garçon au caractère trempé.
Transmettre plutôt qu'attendre
Dans la vie de tous les jours, Celio Leone ne lâche rien : titulaire d'un BPJEPS APT (Activités Physiques pour Tous), il travaille au service des sports de Sisteron. Face aux nouvelles générations, il s'est trouvé une nouvelle passion : la transmission.
« Le sport, c'est ancré en moi, ça me fait me sentir utile car j'aime pouvoir transmettre ce que j'ai appris », confie-t-il.
Voilà un message que les élites déconnectées, occupées à réécrire les programmes scolaires, feraient bien de méditer. Un jeune de 20 ans, formé par ses clubs, son école de village et sa famille, qui choisit de rester au pays pour encadrer la jeunesse locale. Pas besoin de plan Marshall culturel : il faut des exemples, des éducateurs et du terrain.
Le pluri-athlète de la cité de Paul Arène a pourtant le cœur qui balance. « Actuellement, je vise à être le meilleur dans les deux sports. Je ne fais pas de pause, j'enchaîne tout. À l'avenir, j'essaierai de réduire certains entraînements afin de prendre du temps pour moi et pour ma famille, mais actuellement, je ne peux pas faire ce choix », conclut-il.
Le choix viendra. En attendant, Sisteron a ce que beaucoup de grandes métropoles ont perdu : une jeunesse qui s'accroche à ses traditions, qui gagne des championnats et qui, surtout, fait tout pour ne pas que ce soit Nicolas qui paie la facture de la désertification sportive.
Celio Leone veut-il devenir professionnel ?
Enfant, il espérait devenir footballeur professionnel et a tenté des essais à l'Olympique de Marseille, sans être retenu. Aujourd'hui, il vise à être le meilleur en football et en boule lyonnaise sans privilégier l'une des deux disciplines.
Qu'est-ce que la boule lyonnaise ?
C'est un sport de boules traditionnel de la région lyonnaise et de la Provence, exigeant technique, lucidité et calme, organisé en championnats nationaux allant de la National 3 à l'Elite. L'équipe de Celio Leone, la Grosse Boule sisteronaise, évolue désormais en Elite 2.
Comment Celio Leone a-t-il découvert la boule lyonnaise ?
À 15 ans, en venant récupérer ses clés de maison, il est tombé par hasard sur un match de son père, joueur de boule. L'entraîneur Marc Dussaillant lui a proposé un entraînement test, qu'il a réussi aux côtés de son ami Nino Chabal.
