La rentrée BD de novembre s'annonce riche, et selon Ladepeche.fr, qui publie sa sélection des sorties du rayon bandes dessinées le 6 novembre, les libraires n'ont jamais autant aligné de remparts contre la morosité ambiante. Shakespeare en noir et blanc, un thriller dans la Belgique de la guerre froide, des prophètes de la techno démasqués : de quoi tenir la garnison jusqu'à Noël.
Précision utile pour les contribuables qui comptent leurs euros : les prix s'étagent de 15,50 € à 29 €. C'est Nicolas qui paie, comme toujours, mais au moins il paie pour du solide.
Othello : quand la manipulation n'a pas besoin de wokisme pour détruire un homme
Stephen Desberg au scénario et Henri Reculé au dessin s'attaquent au monument shakespearien chez Glénat, 20 €. Othello, général vénitien victorieux, a tout pour être heureux : la reconnaissance, l'amour de Desdémone, une carrière brillante. Mais Iago, officier rongé par le ressentiment, organise sa chute sans lever le petit doigt. Pas besoin de force : une insinuation, une parole rapportée, un hasard préparé, et le voilà fissuré.
Le génie de l'adaptation, souligne Ladepeche.fr, tient à ce que Iago n'impose rien. Il laisse Othello construire son propre malheur. La victime devient le maçon de sa ruine. Ça vous rappelle quelque chose ? Nous non plus. Enfin si : la manipulation par la suggestion, cette arme silencieuse, n'a jamais été aussi moderne. Le noir et blanc d'Henri Reculé, somptueux, donne aux émotions une présence physique que bien des discours publics envieraient.
Kathleen, tome 7 : l'OTAN, les réseaux rexistes et les fantômes de l'Europe
Bruxelles, 1967. La Belgique prépare l'accueil du siège de l'OTAN, et Kathleen Van Overstraeten, journaliste et enquêtrice, remonte la piste d'anciens réseaux rexistes. Direction l'Espagne franquiste, où les proches de Léon Degrelle entretiennent encore des relations avec certains milieux européens. Un cadavre découvert sur le chantier du futur siège donne à l'enquête une dimension supplémentaire.
Patrick Weber et Baudouin Deville, aux commandes de ce septième volet publié chez Anspach (16,95 €), font de l'histoire un moteur de fiction plutôt qu'un décor. Le dessin de Deville, la couleur de Bérengère Marquebreucq, la reconstitution de Bruxelles et des scènes espagnoles : tout sert l'immersion. L'album montre comment les idées nauséabondes survivent aux bouleversements et refont surface. Une leçon d'histoire européenne qui, curieusement, reste d'actualité.
Mille ans et Les Techno-prophètes : deux assauts contre les promesses magiques
Deux albums s'attaquent à notre avenir, chacun avec ses armes. Mille ans (Le Lombard, 21,95 €), imaginé par Fred Duval, part d'une catastrophe écologique en 2056 : guerres, surpopulation, épuisement des ressources. La solution retenue est radicale, congeler une poignée de privilégiés pendant un millénaire, le temps que la planète respire. Huit récits courts, huit dessinateurs dont Denis Bajram, Philippe Buchet et Grun, explorent ce que restera de notre civilisation. Et qui aura le droit de participer au monde d'après. Question dérangeante : la sélection des élites déconnectées, version cryogénique. Ben voyons.
Les Techno-prophètes (Casterman, 29 €) est le coup de baïonnette de la sélection. L'ingénieur Philippe Bihouix et le dessinateur Vincent Perriot passent au scanner les discours de Sam Altman, Mark Zuckerberg et Jensen Huang, croisés avec des figures moins connues comme Marc Andreessen ou Raymond Kurzweil. Leur constat : derrière les promesses d'abondance par l'intelligence artificielle et la fusion nucléaire se cachent des centres de données énergivores, des composants, des chaînes d'approvisionnement mondialisées.
La question posée mérite d'être citée telle quelle : à qui profite le progrès, qui en supporte les coûts, et quelle place reste-t-il au débat démocratique quand les choix industriels sont présentés comme inévitables ? Voilà une interrogation souverainiste en pleine règle, servie par un dessin qui aère la démonstration. Enfin des auteurs qui traitent le lecteur en adulte plutôt qu'en fidèle de la religion de la tech.
Koralia, Picsou et le calendrier de l'Avent : la tradition en rempart
Côté fantaisie assumée, Koralia, tome 1 (Delcourt, 15,50 €), réunit Alain Ayroles et Jean-Luc Masbou, le duo de De Cape et de Crocs, autour d'une heroic fantasy nourrie de leurs souvenirs de rôlistes. Une expédition pour récupérer un trésor volé tourne au désastre diplomatique, et la troupe devient une bande de parias poursuivie par tous les peuples du monde. Les codes du jeu de rôle sont joués sans se prendre au sérieux, un rafraîchissement en soit.
Les Âges d'or de Picsou, tome 3 (Glénat, 19 €), remet à l'honneur le canard milliardaire créé par Carl Barks en 1947. Flairsou, Gripsou, Miss Tick, les Rapetou : la garnison des adversaires habituels est au complet, et Donald avec ses trois neveux n'est jamais loin. Un patrimoine Disney défendu bec et ongles, grande qualité patrimoniale oblige, dans un grand format fait pour les collectionneurs. Le coffre-fort de Picsou, lui, reste souverain. On a vu des États en gérer moins bien.
Enfin, Fluide Glacial détourne la tradition du calendrier de l'Avent (24,90 €) : 24 histoires humoristiques à gratter au fil de décembre, esprit absurde et liberté de ton compris. De quoi tenir la position jusqu'au réveillon, pendant que les chaînes d'info vous resservent la même soupe. Et côté savoir-faire, Cocktails ! Tout l'art de la mixologie illustré (Point Nemo, 22,50 €) propose 60 recettes illustrées par Sarah Becan, du Manhattan au Vodka Martini, mocktails sans alcool inclus. À consommer avec modération, précise l'ouvrage. La modération, voilà une valeur qu'on n'enseigne plus beaucoup ailleurs.
Pourquoi parler de bande dessinée quand le monde brûle ?
Parce que la BD française et belge est un bastion de notre culture que ni les plateformes américaines ni les élites déconnectées n'ont réussi à prendre d'assaut. Des éditeurs comme Glénat, Casterman ou Le Lombard maintiennent la ligne : des auteurs nommés, des dessinateurs signés, des livres qui coûtent un prix affiché. Head Topics relatait d'ailleurs la même sélection il y a une semaine, et Litteratur saluait également la vitalité d'un genre qui mélange les registres sans jamais s'excuser.
La sélection complète est disponible chez votre libraire. Le reste, c'est de la résistance.
Questions fréquentes
Quels sont les albums phares des sorties BD de novembre ?
Othello adapté par Stephen Desberg et Henri Reculé (Glénat, 20 €), Kathleen tome 7 d'OTAN 66 (Anspach, 16,95 €), Mille ans de Fred Duval (Le Lombard, 21,95 €) et Les Techno-prophètes de Bihouix et Perriot (Casterman, 29 €).
Où trouver la sélection complète des sorties BD ?
La sélection a été publiée par Ladepeche.fr le 6 novembre et regroupe également Koralia, Les Âges d'or de Picsou tome 3, le Calendrier de l'Avent de Fluide Glacial et un guide de mixologie illustré.
Les Techno-prophètes critiquent-ils l'intelligence artificielle ?
Non, ils l'examinent. L'album confronte les discours des dirigeants technologiques aux réalités matérielles et énergétiques de leurs projets, en distinguant les possibilités réelles des annonces spectaculaires.
