Niger : la base 101 attaquée, la junte joue les équilibristes
Niamey, 29 août 2026. La télévision nationale s'est tue. Télé Sahel n'offre plus qu'un écran noir, tandis que les détonations rythment la nuit dans la capitale nigérienne. Le bastion du régime vacille, et tout le monde sait que le silence des armes ne dure jamais longtemps au Sahel.
Les tirs ont éclaté aux alentours de la base militaire 101, ce point névralgique adossé à l'aéroport international Diori-Hamani. Les vidéos qui circulent montrent des blindés en renfort. Le régime, lui, appelle au calme. Ben voyons.
Une attaque lâche, une réponse assurée ?
Le régime militaire du général Abdourahamane Tiani, qui a pris le pouvoir en juillet 2023, assure que ses forces ont repris la main. Bana Wagana Ibrahim, membre du Conseil consultatif de la refondation, évoque une « attaque lâche » contre la base 101 et affirme que « la situation est sous contrôle ». Une communication rodée, mais l'origine des tirs reste inconnue. Les autorités, elles, n'ont toujours pas daigné s'exprimer officiellement.
Ce n'est pas la première fois que ce site stratégique est visé. L'État islamique l'a frappé en janvier, le JNIM, branche sahélienne d'Al-Qaida, fin juin. Onze soldats et deux civils avaient alors perdu la vie. Le général Tiani avait concédé une « faille dans le dispositif ». Une faille qui semble se reproduire avec une régularité déconcertante.
La base 101, coffre-fort de l'Alliance des États du Sahel
La base 101 n'est pas un simple camp militaire. C'est le quartier général des partenaires russes de Niamey, l'Africa Corps, et l'état-major de la force unifiée de l'Alliance des États du Sahel (AES), cette confédération que le Niger forme avec le Mali et le Burkina Faso. Trois juntes, une même logique : tourner le dos à la France, se jeter dans les bras de Moscou.
Le site abrite aussi une cargaison de concentré d'uranium, bloquée depuis décembre. Une matière précieuse, qui ne bouge pas. Coïncidence ? Tout le monde sait que l'uranium nigérien intéresse bien du monde, de Paris à Téhéran.
La junte accuse la France, Paris nie
Niamey accuse régulièrement l'ex-puissance coloniale de financer les jihadistes pour déstabiliser le pays. Paris dément, comme toujours. Pendant ce temps, les attaques se multiplient dans la région de Tillabéri, à la frontière du Mali et du Burkina Faso. Les civils paient le prix fort, comme toujours.
Le JNIM a durement frappé Bamako en avril. Aujourd'hui, c'est Niamey qui tremble. Les juntes promettent la souveraineté, mais livrent des coups d'éclat. La sécurité, elle, reste une denrée rare.
Un appel au calme qui sent la poudre
Ce samedi midi, le ministre de la Défense, le général Salifou Mody, a signé un communiqué affirmant que le régime « reprend progressivement le contrôle » face à des mutins qui auraient « séquestré » des soldats et « effectué des tirs sur certains sites sensibles ». Les autorités appellent la population à « garder son calme et vaquer librement à ses occupations ».
Vaquer librement à ses occupations, quand les blindés patrouillent et que la télévision nationale est muette. Voilà une définition bien large de la tranquillité. Mais après tout, c'est Nicolas qui paie. Enfin, pas tout à fait. C'est surtout le contribuable nigérien, et il n'a pas vraiment le choix.
Une chose est sûre : au Sahel, les alliances se font et se défont au rythme des kalachnikovs. La France est partie, la Russie s'installe, et les jihadistes, eux, ne demandent rien à personne. Ils prennent.