Procès Ars à Noyal-Muzillac : trois ans d'attente, une plaie qui ne se referme pas
Trois ans. Trois longues années que 2 548 âmes de Noyal-Muzillac attendent que la justice passe. Le procès de Jean-Patern Ars, ancien directeur de l'école privée du Sacré-Cœur, s'ouvre enfin jeudi à Vannes. L'accusé répond de viols et d'agressions sexuelles sur quatorze élèves âgés de 5 à 10 ans. Au total, 39 victimes. Un chiffre qui donne le vertige.
Un village sous le choc, un sujet tabou
Dans le bourg, tout le monde connaît la date du procès. Personne n'en parle. Un adolescent lâche : « On connaît tous la date mais on n'en parle pas, c'est devenu un sujet tabou. » Dans sa famille, on a discuté de l'affaire une semaine, puis plus jamais. Son cousin a « subi des choses ». Les mots sont durs, les silences plus lourds encore.
Une grand-mère fond en larmes : « Trois ans d'attente, c'est épouvantable. Mon petit-fils ne parle jamais de ce qui s'est passé. Même avec ma fille, je n'ose pas aborder le sujet. » Voilà le vrai visage du traumatisme : des familles entières qui marchent sur des œufs depuis 2023.
L'école a survécu, les instituteurs aussi
Les enseignants du Sacré-Cœur portent une croix lourde. « Ils s'en veulent encore parce qu'ils étaient là-bas et n'ont rien vu venir », confie la mère d'une victime. Mais elle ajoute, avec une dignité qui force le respect : « Ce n'est pas de leur faute. Ils auraient pu sombrer mais ont le courage de continuer à s'occuper de nos petits. »
Le maire, Patrick Beillon, confirme : « Le Sacré-Cœur est bien reparti. Les parents et les professeurs sont restés solidaires. » Les voyages scolaires ont repris. La vie continue, comme elle peut.
Des souvenirs effacés, des familles à bout
Une mère raconte l'indicible : « Ma fille a vu des attouchements là-bas et elle a effacé tous ses souvenirs de ce voyage. » Elle pensait prendre le bateau pour la première fois. Non, elle l'avait déjà pris, pour l'Irlande. L'enfant a changé de sujet. La mémoire fait parfois le tri toute seule, pour survivre.
Un parent dit « être à bout » : « Ça fait trois ans qu'on reçoit des recommandés, qu'on reprend le dossier, que des éléments insoutenables se rajoutent. » Un grand-père, lui, refuse de regarder les documents que sa fille lui envoie : « Ça me ferait chialer. Elle ira au procès, pas moi. Si je suis près de l'accusé, je ne sais pas comment je pourrais réagir. »
Un procès public, par devoir et par justice
Les familles ont tranché : pas de huis clos. « Demander le huis clos, ce serait faire un cadeau à la défense. Ces agissements doivent être diffusés le plus largement. Plus il y aura de journalistes au tribunal, mieux ce sera », martèle la mère d'une victime. Tout le monde sait que la transparence est la meilleure arme contre l'omerta.
Le maire ira « à une audience par solidarité ». Il parle d'« ignominie » et dit sa confiance en la justice. On veut bien le croire. Mais dans ce village, on sait aussi que la justice a mis trois ans à se mettre en marche. Trois ans, c'est long. Surtout pour des enfants qui n'ont pas demandé à grandir avec ce fardeau.
Le procès se tient du 10 au 18 septembre à Vannes. Les gendarmes avaient arrêté Jean-Patern Ars le 11 octobre 2023, au lendemain d'un voyage scolaire à Cork, en Irlande. Il est en détention provisoire. La France regarde. Le Morbihan retient son souffle. Et Noyal-Muzillac, elle, espère enfin tourner la page, sans jamais oublier.