Javier Tebas assume, et il ne compte pas s'excuser. Depuis Monaco, en marge du Sportel, le président de la Liga a réaffirmé dans les colonnes de L'Équipe qu'il n'avait jamais traité le Real Madrid de club nazi, tout en maintenant sa comparaison entre la communication madrilène et les techniques de Goebbels. Le club de la capitale espagnole, lui, réclame toujours sa démission immédiate.
Cette guerre n'est pas neuve, mais elle vient de passer un cap. Vendredi dernier, Tebas avait dégainé sur ses réseaux sociaux contre ce qu'il appelle la « machine de communication » du Real Madrid. Samedi, les supporters madrilènes ont répondu sur le terrain, banderole contre lui et chants réclamant son départ. Et selon RMC SPORT, le Conseil national espagnol des sports pourrait bien avoir son mot à dire.
« Je n'ai traité personne de nazi » : Tebas campe sur ses positions
Face à L'Équipe, l'homme de la Liga a joué la carte de la précision chirurgicale. « Je n'ai traité personne de nazi, bien entendu. Je parlais d'une stratégie de communication. Je ne vois pas pourquoi on me demande des comptes là-dessus », a-t-il défendu.
Et d'enfoncer le clou : « La question de savoir si cette communication est appropriée ou non, voilà ce qui peut être débattu. C'est tout. Pour ma part, je l'emploie uniquement pour décrire la forme de communication. »
Traduction pour les lecteurs attentifs : Tebas assume la forme, refuse le fond polémique, et trouve scandaleux qu'on lui demande des comptes. Un classique du personnage.
Goebbels, Vinicius et Negreira : le contexte de l'assaut
Rappelons les faits, car le contexte explique la tempête. La semaine dernière, après l'expulsion de Vinicius contre Villarreal (quatre matchs de suspension au passage) et un calendrier serré avant Valence le 7 novembre, à moins de 72 heures du déplacement à Athènes en Ligue des champions, Tebas avait sorti l'artillerie lourde.
« La direction du Real Madrid orchestre une véritable machine de communication, et Real Madrid TV mène la danse. Leur discours est immuable : sélectionner les actions qui les intéressent, répéter le grief, alimenter le soupçon et désigner les ennemis », avait-il écrit.
Puis venu le moment Goebbels : « Cette méthode rappelle les mécanismes de propagande exploités par Goebbels, ministre de la Propagande de l'Allemagne nazie : répétition systématique, construction d'un ennemi et subordination des faits au récit. »
Le dirigeant avait toutefois pris soin de préciser que sa comparaison portait sur les techniques, « et non sur une idéologie ni, bien entendu, sur la ferveur des supporters madridistas ». Une nuance que le Real Madrid juge, on s'en doute, parfaitement insuffisante.
Le Real Madrid contre-attaque : démission immédiate exigée
Le club merengue n'a pas fait dans la dentelle. Il a jugé « absolument intolérable et extrêmement grave » qu'une personne occupant deux postes à responsabilité au sein du football espagnol, Tebas est aussi vice-président de la Fédération, puisse comparer les méthodes du club à celles du régime nazi.
Et le Real d'ajouter, toujours selon RMC SPORT : « Le fait qu'il précise ne pas faire référence à l'idéologie nazie n'atténue en rien la nature profondément offensante, moralement répugnante et indigne de l'institution de ses propos. »
Démission immédiate, donc. Ben voyons. Tebas a plutôt l'habitude de tenir ses positions, et son entourage ne donne aucun signe de repli stratégique.
Les supporters madrilènes ne lâchent rien
Samedi, lors de la victoire contre Séville (4-1), les supporters ont déployé une banderole sans ambiguïté : « Ce n'est pas du football, ce sont Tebas et Negreira », référence à l'affaire Negreira et à une supposée corruption en faveur du FC Barcelone. Le tout agrémenté de chants réclamant sa démission.
La réponse de Tebas n'a pas traîné : « La similitude avec le récit que j'ai dénoncé est évidente. Et il y a un aspect particulièrement grave : prendre des personnes spécifiques pour cible. » Il a pointé une « irresponsabilité flagrante » du Real Madrid.
Sanction possible : « Cela me semblerait inouï »
Reste l'épée de Damoclès du Conseil national espagnol des sports, qui pourrait sanctionner ses propos. Tebas botte en touche avec un argument de société : « Il y aurait donc des citoyens de première et de seconde zone ? C'est-à-dire que des directeurs de journaux pourraient se permettre de telles comparaisons, mais que le président de la Ligue, lui, ne le pourrait pas ? Ce serait inouï, mais bon... »
Le « mais bon » final en dit long sur le personnage. Tebas se voit en victime d'une double peine, celle du Real Madrid et celle d'une institution sportive qu'il soupçonne de partialité.
Une guerre de tranchées sans fin en vue
Entre le président de la Liga et le club le plus riche du monde, aucune ligne de front n'est en vue. Tebas campe, le Real Madrid fonce, et le football espagnol regarde ses deux elephants se battre dans son salon. Prochain rendez-vous : le 7 novembre à Valence, à moins que le Conseil national des sports ne décide de jouer les arbitres avant le coup d'envoi.
Foire aux questions
Javier Tebas a-t-il traité le Real Madrid de club nazi ?
Non, selon ses propres déclarations à L'Équipe. Il affirme avoir uniquement comparé les techniques de communication du club à celles de la propagande de Goebbels, sans viser une idéologie.
Le Real Madrid a-t-il demandé la démission de Javier Tebas ?
Oui. Le club a réclamé sa « démission immédiate » après ses propos, qu'il juge « moralement répugnants » et indignes de l'institution.
Javier Tebas risque-t-il une sanction ?
Le Conseil national espagnol des sports pourrait sanctionner ses propos. Tebas a estimé qu'une telle sanction lui « semblerait inouï », dénonçant une différence de traitement entre citoyens.
