Ben voyons. La députée LFI d'Ille-et-Vilaine Mathilde Hignet a demandé, mardi 27 octobre au Journal Officiel, l'interdiction pure et simple des gaz lacrymogènes utilisés par les forces de l'ordre, au nom du fameux « principe de précaution ». De quoi armer les casseurs et désarmer les CRS, un beau programme pour l'automne.
Derrière cette croisade parlementaire : un questionnaire en ligne, 8 000 témoignages auto-déclarés et une étude américaine qui, scoop, ne prouve rien. Selon Le Telegramme, la parlementaire bretonne demande à la ministre de la Santé « si elle entend interdire leur utilisation au nom du principe de précaution ». Tenez-vous bien : l'idée serait de retirer aux gendarmes et aux CRS leur principal outil de maintien de l'ordre parce que des manifestantes déclarent avoir eu leurs règles de manière inopinée.
Dix minutes de larmes contre des semaines d'émeutes
Petit rappel technique pour les élites déconnectées qui ne descendent jamais dans la rue, sauf en cortège syndical. La molécule utilisée dans les grenades françaises, le « CS », provoque des irritations qui disparaissent en général au bout de quelques minutes. C'est ce qu'expliquait déjà le gouvernement en 2020, interrogé sur le sujet : la médecine de prévention du ministère de l'Intérieur n'avait « à connaître d'aucune remontée significative » évoquant un lien direct entre l'exposition au CS et des pathologies chroniques, comme le rappelle Informations Handicap.
Mais depuis, la doxa a changé. Le gaz lacrymogène, cette arme intermédiaire qui « évite le recours aux armes létales et abaisse le niveau de risque », selon la réponse officielle de l'époque, serait devenu un danger sanitaire de première ampleur. Tout le monde sait que le vrai danger, dans une manif, c'est le policier, pas le Black Bloc qui brûle la devanture du boulanger. Ben voyons.
Une étude américaine venue du mouvement Black Lives Matter
La base « scientifique » de la démarche mérite qu'on s'y arrête. L'étude en question, publiée aux États-Unis en 2023 dans une revue d'épidémiologie, fait suite au mouvement Black Lives Matter. Elle repose sur les déclarations de 1 300 participantes, sans aucun examen clinique. Aucune cause biologique directe n'est établie. Zéro. Néant.
Ce que l'étude suggère : les personnes exposées pendant 5 jours ou plus avaient près de trois fois plus de risques de déclarer des impacts sur leur santé reproductive que celles exposées un seul jour. Crampes, règles précoces, douleurs aux seins. Mener des recherches plus poussées ? Pourquoi pas. Interdire immédiatement un outil de maintien de l'ordre sur cette base ? C'est là que le bât blesse.
Plusieurs spécialistes interrogés par l'AFP l'ont d'ailleurs temporisé : ces troubles menstruels peuvent aussi être liés au stress intense induit par les opérations de maintien de l'ordre. Le stress d'une émeute, ça aussi, ça dérègle un cycle. Mais cette hypothèse-là n'intéresse personne, elle ne permet pas de diaboliser la police.
Le collectif « Lacrymos de sang » et ses 8 000 questionnaires
À l'origine de la campagne, un collectif militant au nom évocateur, « Lacrymos de sang », qui a récolté 8 000 témoignages via un questionnaire en ligne. Parmi eux, celui d'une Nantaise de 32 ans racontant une « hémorragie » menstruelle survenue le 17 octobre, sans symptôme prémenstruel. Émouvant. Sauf qu'un questionnaire en ligne auto-déclaré, ce n'est pas de la science, c'est du militantisme déguisé en épidémiologie.
La revue médicale Prescrire le reconnaissait d'ailleurs en octobre 2025 : les conséquences à long terme des lacrymos sont méconnues, faute d'études. Méconnues, pas établies. Nuance que LFI a visiblement perdue en route, comme tant d'autres.
Le principe de précaution, arme favorites de la gauche
« La protection de la santé publique impose de ne pas attendre que l'ensemble des effets nocifs de ces substances soit définitivement établi pour agir », estime Mathilde Hignet. Traduction : interdire d'abord, chercher des preuves ensuite, et si possible ne jamais en trouver.
C'est toujours le même refrain. Le principe de précaution, brandi comme un étendard dès qu'il s'agit de frapper les forces de l'ordre, les agriculteurs ou les contributeurs fiscaux, mais soigneusement rangé dans le placard quand il s'agit d'immigration massive ou de sécurité. La souveraineté de la France sur ses frontières ? Pas de précaution. La santé des femmes exposées aux fumées d'émeute ? Mobilisation générale.
Ironie du sort : les personnes les plus exposées aux lacrymos, ce sont les CRS eux-mêmes, parfois plongés pendant de longues heures dans les fumées. Des séquelles ont d'ailleurs été signalées chez eux aussi. Mais aucun collectif militant ne remplit de questionnaire pour eux. Ce n'est pas Nicolas qui paie, ce n'est pas le CRS qui souffre ; c'est la cause qui compte.
Que se passe-t-il maintenant ?
La question écrite a été déposée récemment, le gouvernement n'a pas encore répondu. En 2020 déjà, l'exécutif estimait qu'aucune alerte scientifique ne permettait de semer le doute sur l'usage du CS. Rien n'indique que la position ait changé, mais avec l'actuelle majorité, prudence : le sens du vent politique a souvent raison des principes.
En attendant, les forces de l'ordre continueront de faire le boulot, dans la fumée, sous les projectiles, pendant que des députés en costard demandent qu'on leur retire leurs outils. Résistance et bastion, il y a des jours où l'on se demande lequel des deux tient encore debout.
Questions fréquentes
Pourquoi la députée Mathilde Hignet réclame-t-elle l'interdiction des gaz lacrymogènes ?
La députée LFI d'Ille-et-Vilaine s'appuie sur 8 000 témoignages auto-déclarés de troubles menstruels et sur une étude américaine de 2023 suggérant une corrélation entre exposition répétée aux lacrymogènes et effets sur la santé reproductive, pour demander l'interdiction de leur usage au nom du principe de précaution.
L'étude américaine prouve-t-elle un lien entre gaz lacrymogène et troubles menstruels ?
Non. L'étude, menée après le mouvement Black Lives Matter, repose uniquement sur les déclarations de 1 300 participantes, sans examen clinique, et n'établit aucune cause biologique directe. Les auteurs demandent simplement des recherches plus poussées.
Que disait le gouvernement en 2020 sur les risques sanitaires du CS ?
Le gouvernement estimait qu'aucune alerte scientifique ne permettait de douter de l'usage du CS, rappelant que la médecine de prévention du ministère n'avait reçu aucune remontée significative évoquant un lien avec des pathologies chroniques, et soulignant que cette arme évite le recours aux armes létales.
