La Cour des comptes a publié mardi 27 octobre un rapport cinglant sur le plan France 2030, ce monument de 54 milliards d'euros lancé en octobre 2021 par Emmanuel Macron pour redresser l'industrie française. Verdict des Sages de la rue Cambon : difficile de mesurer les effets, moyens dispersés, et surtout un « mur d'engagements budgétaires » d'au moins 19 milliards qui reste à financer. Et devinez qui tient le sac ? Nicolas, évidemment.
Le royaume des promesses macronistes vacille. Selon BFMTV, qui a révélé le bilan à mi-parcours du plan, la juridiction financière constate qu'il est « encore difficile de mesurer les effets du plan France 2030, faute de recul suffisant ». Ben voyons. Cinq ans, 54 milliards, et toujours pas de recul. On appelle ça du pilotage à vue, ou du storytelling à 54 milliards, au choix.
Un plan qui « marche très très bien », promis
Pas question de jeter la pierre à tout le monde. Le Conseil d'analyse économique, lui, est enthousiaste. Son président, l'économiste Xavier Jaravel, a confirmé sur BFM Business que le plan « marche très très bien » et qu'il « s'autofinance en 5 ans ». Le Secrétariat général pour l'investissement s'est même félicité en juillet d'un bilan « prometteur », avec 5,4 euros de richesse supplémentaire pour chaque euro investi.
Jaravel préconise même un plan « France 2040 » pour s'adapter à la révolution de l'intelligence artificielle. Un plan qui marche si bien qu'on en redemande un autre. C'est un peu le raisonnement de l'alcoolique qui promet d'arrêter demain, à condition d'ouvrir une nouvelle bouteille ce soir.
Moins de 10 % des projets terminés
La Cour des comptes, elle, a sorti la baïonnette. Sur environ 7 300 projets financés, seuls 642 étaient terminés fin 2025, soit moins de 10 %. La juridiction juge donc « prématuré de se prononcer sur l'opportunité de prolonger France 2030 ou de lancer un nouveau plan ». Traduction pour les élites déconnectées : avant de resservir la même soupe, goûtez d'abord la première assiette.
Les Sages pointent aussi une « absence réelle de priorisations au risque de disperser les moyens de l'État ». Le plan s'est éparpillé sur dix objectifs vastes comme la Beauce, des petits réacteurs nucléaires aux biomédicaments, sans étude d'impact préalable. Faute d'étude d'impact, tout le monde le sait, c'est Nicolas qui paie les conséquences.
Le « mur d'engagements » : 19 milliards qui pendent au nez des contribuables
Voilà le morceau qui fâche. Sur les 54 milliards de crédits, 33 milliards ont été contractualisés à fin 2025, c'est-à-dire juridiquement promis par l'État. Mais seuls 14 milliards ont été effectivement décaissés. Restent au moins 19 milliards à verser, sans calendrier prévisionnel pour anticiper le rythme des paiements. Les Echos relèvent que la Cour des comptes décrit ce « mur d'engagements budgétaires à financer dans les années à venir » et pointe un « enjeu de soutenabilité ».
La Cour résume : « Cette situation expose l'État à un besoin de financement élevé à moyen terme, aggravé par le manque de visibilité sur les échéances des décaissements à venir. » Pendant ce temps, les pouvoirs publics ont mis le pied sur le frein à partir de 2023, avec un « ralentissement brutal » des décaissements face à la contrainte budgétaire. On engage d'un côté, on freine de l'autre. C'est la politique de la stop-and-go, version Bercy.
Des subventions à tout va, et la moitié des projets auraient existé quand même
Autre écueil relevé par les magistrats : 82 % des fonds engagés sont des subventions, contre 12 % d'avances remboursables et 6 % de prises de participation. Un « recours massif aux subventions » jugé « nettement plus coûteux pour les finances publiques ». Ben voyons, on donne, on ne prête pas. C'est plus simple, et c'est Nicolas qui tient la note.
Mieux, une enquête menée en 2025 montre que 53 % des bénéficiaires estimaient que leur projet n'aurait pas pu voir le jour sans le soutien de France 2030. Autrement dit, près de la moitié des projets sélectionnés seraient sortis de terre sans l'argent public. L'effet d'aubaine n'a jamais été aussi bien nommé.
Les grands groupes raflent la mise
La concentration des versements fait aussi tiquer la rue Cambon : 1 % des projets concentraient fin 2025 près de la moitié des montants contractualisés, et quatre objectifs sur dix absorbaient 59 % de ces montants. Les grosses structures ont raflé la mise, tandis que les entreprises de moins de 50 salariés, pourtant 61 % des bénéficiaires, n'ont reçu que 15 % des montants alloués.
Les petits entrepreneurs, ces soldats de l'ombre qui font tourner la France d'en bas, ont donc servi de décor. Pendant ce temps, l'État mobilise 7 milliards de France 2030 pour l'industrie d'Auvergne-Rhône-Alpes, deuxième territoire bénéficiaire du programme. La géographie des subventions suit son chemin, la souveraineté industrielle attend encore.
Enfin, la Cour relève l'incapacité du plan à redéployer les crédits des projets annulés vers les priorités récentes comme l'IA ou la cybersécurité : seuls 166 millions d'euros ont été réorientés. Sur 91 projets abandonnés, soit 1,2 %. La « réticence des instances de pilotage à arrêter formellement un projet » fait le reste. Dans la fonction publique, avouer qu'un projet échoue relève de l'hérésie.
Les députés tentent de reprendre la main
Le Parlement commence à réagir. La commission des finances a adopté le 23 octobre un amendement conditionnant strictement les crédits de France 2030 dans le cadre du projet de loi de finances. Les députés veulent mettre des garde-fous là où l'exécutif a semé à tour de bras. Reste à savoir si la majorité entendra les sages de la rue Cambon, ou si elle continuera de promettre des cathédrales industrielles avec l'argent des contribuables. Le prochain rendez-vous budgétaire le dira.
Ce qu'il faut retenir du rapport de la Cour des comptes
Combien de projets France 2030 sont terminés ?
Sur environ 7 300 projets financés, seuls 642 étaient terminés fin 2025, soit moins de 10 %, selon le rapport de la Cour des comptes publié le 27 octobre.
Combien reste-t-il à payer par l'État ?
Sur 33 milliards d'euros contractualisés à fin 2025, seuls 14 milliards ont été décaissés. Au moins 19 milliards restent donc à verser, sans calendrier prévisionnel.
Le plan France 2030 est-il rentable ?
Le Conseil d'analyse économique estime que chaque euro investi génère 5,4 euros de richesse à long terme et que le plan s'autofinance en cinq ans. La Cour des comptes juge en revanche prématuré de se prononcer sur ces effets, faute de recul suffisant.
