Suspense levé, provisoirement. Vendredi soir, l'agence Moody's a maintenu la note de la France à Aa3, là où tout le monde attendait un passage aux pelles. Résultat immédiat : lundi, l'écart entre les taux français et allemands à dix ans a connu sa plus forte baisse en une séance depuis mars 2020, selon BFMTV.
Le baromètre de la confiance des investisseurs dans la dette tricolore a reculé de 0,14 point, à 1,54 point. Le taux français à dix ans est repassé sous la barre symbolique des 5 %, à 4,90 %, contre 5,02 % vendredi. L'Allemagne, elle, reste stoïque à 3,37 %. Traduction : les marchés ont Accordé à la France un sursis. Pas un pardon.
Une semaine noire sur les marchés
Rappelons où on en était. La semaine dernière, l'écart de taux avec l'Allemagne avait grimpé à 1,74 point en clôture, et jusqu'à 1,78 point en séance. Un niveau jamais vu depuis 2011. Le taux français avait franchi les 5 % pour la première fois depuis 2002. Pendant ce temps, les élites déconnectées nous expliquaient que tout était sous contrôle. Ben voyons.
Cet écart, c'est le supplément que les investisseurs exigent pour prêter à Paris plutôt qu'à Berlin. C'est brutal, c'est arithmétique, et ça ne se laisse pas berner par les communiqués de presse. Quand un prêteur vous demande 1,5 point de plus que pour l'Allemagne, ce n'est pas de la méfiance. C'est un constat.
Moody's, ou la clémence qui intrigué les économistes
Le maintien de la note surprend. Fitch et S&P classent déjà la France en A+, dette de qualité moyenne supérieure, depuis plusieurs mois. Moody's fait donc cavalier seul avec son Aa3, et ses propres économistes peinent à en croire leurs modèles.
« La décision de Moody's est pour le moins difficile à comprendre », a commenté Anthony Morlet-Lavidalie, économiste chez Rexecode. « On finit presque par se demander ce qu'il lui faut pour dégrader la France. »
Sa conclusion mérite d'être citée en entier : « Une notation souveraine doit refléter la qualité de crédit d'un emprunteur, pas lui accorder indéfiniment le bénéfice du doute », au risque de devoir ensuite procéder à « une dégradation brutale ».
Voilà qui résume tout. Le bénéfice du doute accordé à la France, c'est un peu comme un découvert autorisé qu'on repousse sans cesse. Ça soulage le moral, pas le solde. Et au bout, c'est toujours Nicolas qui paie.
Une perspective négative qui plane
Attention, la clémence a ses limites. Moody's a conservé une perspective négative sur la France. La menace d'une dégradation n'est pas écartée, elle est juste suspendue. Comme une épée de Damoclès, mais version comptable.
L'agence justifie son Aa3 par une hypothèse précise : « un budget 2027 réduisant le déficit public sera adopté, tandis que les tensions sociales se modéreront quelque peu dans les prochains mois ». Autrement dit, Moody's note la France non pas sur ce qu'elle fait, mais sur ce qu'elle promet de faire. Sur cette base, on devrait tous avoir un excellent crédit.
Le gouvernement s'accroche à la bouée
Le ministre de l'Économie et des Finances, Roland Lescure, a vu dans cette décision « un appel à la responsabilité par l'adoption d'un budget réduisant notre déficit à 5 % du PIB ». Le problème, c'est que Moody's table plutôt sur 5,2 %, après 5,4 % cette année. Et ce n'est pas le ministre qui fait la loi sur les marchés obligataires.
Le différend porte aussi sur la croissance. Le gouvernement table sur 1 % de PIB. Moody's évoque une croissance « légèrement plus faible que les projections du gouvernement ». Quand la réalité est plus pessimiste que Bercy, on se demande qui est déconnecté.
Un répit, pas une absolution
Ce repli des taux, c'est une bouffée d'oxygène. Ce n'est pas une guérison. La France emprunte toujours environ 1,5 point au-dessus de l'Allemagne. Le pays reste sous le regard des trois agences, dont deux l'ont déjà dégradée. La troisième attend, patiente, la preuve que les promesses budgétaires valent plus que le papier sur lequel elles sont écrites.
« La décision de Moody's tempère un peu les inquiétudes sur le budget français et le coût de financement », a reconnu Guillaume Chaloin, directeur des gestions actions chez Delubac AM. Notez le « un peu ». Dans la finance comme ailleurs, le « un peu » est rarement bon signe.
La souveraineté budgétaire française, elle, reste un chantier. Tant que Paris ne contrôle pas ses déficits, ce sont les investisseurs étrangers qui fixent le prix de notre dette. Et le prix, en l'occurrence, se paie en milliards chaque année. Sur le dos des contribuables.
Ce que signifie le spread franco-allemand pour la France
Pour ceux qui arrivent en route : le spread franco-allemand mesure le coût supplémentaire exigé par les marchés pour prêter à la France plutôt qu'à l'Allemagne, considérée comme l'emprunteur le plus sûr de la zone euro. Plus il monte, plus la méfiance grandit. Plus il baisse, plus le soulagement est réel mais fragile.
Lundi, il a reculé à 1,54 point, sa plus forte baisse en une séance depuis mars 2020. Un signal positif, porté par la décision de Moody's. Mais un signal isolé ne fait pas une tendance. La semaine prochaine pourrait tout remettre en question, comme l'a rappelé Titre Presse dans sa reprise de l'actualité.
Questions fréquentes
Quelle est la note de la France selon Moody's ?
Moody's maintient la France à Aa3, une dette dite « de bonne qualité », avec une perspective négative. Fitch et S&P classent le pays en A+ depuis plusieurs mois.
Pourquoi l'écart de taux franco-allemand a-t-il baissé lundi ?
L'écart a reculé de 0,14 point à 1,54 point après le maintien de la note française par Moody's vendredi soir. C'est la plus forte baisse en une séance depuis mars 2020.
Le taux français à dix ans est-il revenu sous 5 % ?
Oui. Il s'établit à 4,90 %, contre 5,02 % vendredi. Il avait franchi les 5 % la semaine précédente pour la première fois depuis 2002.
