Environ sept millions d'Israéliens en âge de voter se sont rendus aux urnes ce mardi 27 octobre pour les premières élections législatives depuis les attaques du 7 octobre 2023. Benjamin Netanyahu joue son avenir politique dans un scrutin que France Guyane décrit comme un véritable référendum sur sa personne, dans un pays fracturé par trois années de guerre.
Le chef du Likoud, qui domine la vie politique israélienne depuis deux décennies, affronte un bloc d'opposition emmené par Gadi Eisenkot, ancien chef d'état-major de l'armée et fondateur du parti Yashar. Les sondages donnent les deux camps au coude-à-coude, selon Le Monde.
Netanyahu contre Eisenkot : le lion contre le général
Le duel a des allures de western. D'un côté, l'homme fort de la droite israélienne, incrusté au pouvoir comme un locataire qui refuse de rendre les clés. De l'autre, un militaire à la carrure de statue commandeur, dont les deux fils sont tombés au combat. Dans une interview radio, Eisenkot a résumé son attaque en une phrase qui claque comme un coup de clairon : « Ce qu'il propose, c'est une guerre éternelle. »
Ironie du sort, les deux hommes partagent l'essentiel. Ils rejettent tous deux la solution à deux États et défendent une ligne dure face à l'Iran. La campagne d'Eisenkot tient donc en une idée simple, presque minimaliste : il n'est pas Netanyahu. Parfois, en politique, c'est un programme entier.
Et les chiffres donnent des sueurs froides au Likoud. Selon Vietnam, qui relaie les résultats publiés ce week-end, l'opposition pourrait décrocher entre 54 et 56 sièges contre une cinquantaine pour la coalition sortante. Le parti Yashar d'Eisenkot devrait même devenir la première force du pays avec 22 sièges. La forteresse Bibi tremble sur ses fondations.
Le 7 octobre, l'angle mort du bastion
D'après euronews, un gouvernement dirigé par l'opposition apporterait un changement réel, et notamment la création d'une commission d'État sur les attaques du 7 octobre. Yossi Mekelberg, chercheur associé principal au programme Moyen-Orient et Afrique du Nord de Chatham House, l'a expliqué sans fard dans l'émission Europe Today : « Plus le gouvernement actuel rejette cette idée, plus les gens soupçonnent qu'il a quelque chose à cacher. »
Voilà qui pose question. Un pouvoir qui refuse la transparence sur le pire massacre de son histoire contemporaine, c'est une règle de fer que même les conservateurs les plus endurcis finissent par contester. La droite française, elle, connaît la chanson : on peut défendre l'autorité sans confondre l'État avec son locataire.
Bruxelles observe, et ça ne promet rien de bon
Reste à savoir si ce scrutin modifiera la manière dont l'UE interagit avec Israël. Les capitales européennes s'appuient sur un accord d'association UE-Israël, entré en vigueur en 2000, qui prévoit une zone de libre-échange pour les produits industriels, des préférences commerciales agricoles et un cadre de coopération politique, économique et culturelle.
Mais Amnesty International estime que l'UE et ses États membres ont une « obligation claire » de prévenir les échanges commerciaux et les investissements qui contribueraient au maintien de l'occupation des territoires palestiniens, en s'appuyant sur un avis consultatif rendu par la Cour internationale de justice en juillet 2024. Ben voyons. L'ONG, qui n'a jamais croisé une frontière qu'elle ne voulait pas effacer, donne des leçons de droit à un État qui, lui, existe toujours. La Commission européenne a d'ailleurs tenté, en vain, d'interdire le commerce avec les colonies israéliennes. Raté. Les relations entre la cheffe de la diplomatie de l'UE Kaja Kallas et son homologue israélien Gideon Sa'ar restent, au mieux, glaciales.
Toujours selon euronews, les diplomates européens restent discrets, mais un interlocuteur au sein de l'UE assure qu'il existe « un certain espoir » de trouver un terrain d'entente avec la nouvelle équipe au pouvoir, quelle qu'elle soit. Traduction bruxelloise : on ne sait pas qui va gagner, alors on sourit à tout le monde. C'est la spécialité de la maison.
Et pendant ce temps, Washington prépare un coup de théâtre à l'ONU
Pendant que Jérusalem compte les bulletins, une autre nouvelle secoue le paysage diplomatique. Des hauts responsables du président américain Donald Trump souhaiteraient que l'ancien Premier ministre hongrois Viktor Orbán soit proposé au poste de secrétaire général des Nations unies, rapporte le Wall Street Journal. Rien n'est encore acté, mais les faiseurs de roi à Washington auraient retenu le nom du patriote hongrois.
Le ministre ukrainien des Affaires étrangères Andrii Sybiha a déjà sorti les crocs : « Je suis certain que Viktor Orbán, en tant que secrétaire général de l'ONU, saurait mettre à profit les talents de veto et de chantage qu'il a perfectionnés en sabotant pendant des années de grandes décisions de l'UE. » Charming. Un pays qui mendie des missiles depuis quatre ans donne des leçons de diplomatie à l'homme qui a su tenir ses frontières. Chacun son métier.
Ce que ce scrutin dit de nos chères élites européennes
Observons la scène avec le recul qui sied. D'un côté, un État-nation qui vote massivement, sous la menace, trois ans après le pire attentat de son histoire, pour décider de son propre destin. De l'autre, une Union européenne qui, dans le même temps, prépare des règles climatiques et des dispositifs migratoires concoctés par des commissaires que personne n'a élus.
La Commission présentera d'ailleurs ce mardi de nouvelles règles climatiques obligeant les gouvernements à préciser qui est responsable de la protection des citoyens face aux catastrophes liées au climat, selon le commissaire Wopke Hoekstra, qui avertit que le monde dépasse, temporairement voire durablement, la limite de 1,5°C fixée par l'accord de Paris. Pendant ce temps, Frontex pourra bientôt transférer des migrants entre pays tiers, étendre ses opérations au-delà de l'Europe et faciliter les expulsions depuis des centres de retour. Décidément, tout le monde sait que Bruxelles découvre soudain la vertu du contrôle des frontières, du moins sur le papier.
Les Israéliens, eux, n'ont pas attendu les circulaires. Ils décident, souverains, dans les urnes, qui dirigera leur pays. C'est ça, la démocratie réelle : pas de sondages pilotés, pas d'ONG sur le dos, pas d'arbitrage par un tribunal qu'on n'a jamais consulté. Un peuple, un scrutin, un verdict. Certains, à Paris comme à Bruxelles, devraient en prendre de la graine.
Questions fréquentes
Pourquoi cette élection israélienne est-elle historique ?
C'est la première élection législative organisée en Israël depuis les attaques du 7 octobre 2023, après trois années de guerre.
Qui oppose Benjamin Netanyahu ?
Le principal camp d'opposition est mené par Gadi Eisenkot, ancien chef de l'armée, à la tête du parti Yashar. Les sondages donnent les deux blocs au coude-à-coude.
Que changerait une victoire de l'opposition ?
Un gouvernement Eisenkot pourrait créer une commission d'État sur les attaques du 7 octobre, une perspective que le gouvernement actuel rejette.
