Gilles Lellouche a révélé fin octobre, dans des propos rapportés par Le Dauphiné Libéré, comment un mensonge de casting l'a exposé à la moquerie de 10 000 supporters du stade Bollaert de Lens. C'était en 2003, sur le tournage de Jeux d'enfants, et l'acteur a raté vingt fois la reprise de volée devant une foule en délire.
L'acteur, actuellement à l'affiche de Moulin, aura donc appris une leçon que nos grands-parents résumaient en une phrase : on ne ment pas, ça finit toujours par se savoir. Surtout quand il faut frapper un ballon devant un kop du Nord.
Un CV gonflé, une vérité qui éclate
Tout commence de façon classique dans le milieu du cinéma. Yann Samuell, réalisateur de Jeux d'enfants, cherche un acteur pour incarner le mari de Marion Cotillard. Critère non négociable : il doit savoir jouer au football. Lellouche postule. Lellouche ment. Lellouche décroche le rôle.
« Même au goal, on ne me prenait pas, tellement j'étais nul », a confié l'acteur au site Allociné, comme le rapporte le quotidien régional. On voit le tableau. Un homme qui avoue avoir été recalé des cages de son équipe de quartier s'apprête à faire croire à un professionnel du ballon qu'il maîtrise la reprise de volée. C'est un peu comme si un énarque se présentait en ouvrier qualifié : le costume ne tient jamais longtemps.
Sauf que voilà. Le cinéma, c'est comme la vraie vie : le mensonge s'effondre toujours au moment où l'on s'y attend le moins. Et pour les besoins de la scène, pas de doublure confortable en studio. Le réalisateur a eu une idée que d'aucuns qualifieront de cruelle, et que nous qualifierons, nous, de magnifiquement juste : filmer la scène en conditions réelles.
La mi-temps la plus longue de sa vie
Direction le stade de Lens, pendant un match, devant 10 000 spectateurs. Lellouche entre sur la pelouse à la pause. Il doit coller une reprise de volée digne de ce nom. Le résultat tient de la farce tragi-comique.
« Évidemment, je rate cette reprise de volée 20 fois. Les gens sont hilares. Et quand vous avez 10 000 personnes qui se foutent de votre gueule au même moment, c'est quelque chose », a-t-il raconté.
Vingt ratés. Devant 10 000 personnes. Dans le bassin minier, région réputée pour deux choses : la chaleur de ses habitants et l'absence totale de pitié quand il s'agit de football. Les Lensois ne pardonnent pas un contrôle raté à leurs propres joueurs, alors un comédien parisien déguisé en footballeur, ben voyons. Ce soir-là, le stade Bollaert a fait ce qu'il sait faire de mieux : dire la vérité, tout haut, en chœur.
« Il (Yann Samuell) a vite compris que j'étais une banane absolue au foot », a admis l'acteur.
Une leçon d'humilité à la française
Réfléchissons un instant. Cet épisode résume tout ce que les élites déconnectées de notre pays ont oublié : on ne peut pas éternellement bluffer le terrain. Que ce soit au football, dans les entreprises ou dans la gestion publique, il vient toujours un moment où il faut produire un résultat concret, mesurable, devant des gens qui savent de quoi ils parlent.
Et qui était là, ce soir-là, pour rendre justice ? Le peuple. Le public populaire. Des milliers de contributeurs fiscaux, d'ouvriers, de saisonniers du RC Lens, de gens qui paient leur place et qui, contrairement à certains pontes de la critique cinématographique, ne se laissent pas impressionner par un nom sur une affiche. Ils ont vu un type rater. Ils l'ont dit. Franchement, bruyamment, collectivement. C'est ce qu'on appelle autrefois le sens du réel.
Nos lecteurs reconnaîtront là une vertu qu'on n'enseigne plus : l'humilité imposée par les faits. Personne n'a eu besoin d'une commission d'enquête, d'un médiateur ou d'une cellule psychologique pour gérer le traumatisme. La foule a ri, l'acteur a rougi, la scène a fini par être tournée. Le monde n'était pas parfait, mais il fonctionnait.
La rédemption par la volée
Car l'histoire ne s'arrête pas au chambrage. Et c'est bien la beauté de la chose. Après vingt échecs, Lellouche a fini par réussir sa reprise de volée. Et là, transformation spectaculaire.
« Quand j'ai réussi par miracle à faire cette reprise de volée, toute la foule s'est levée, les joueurs se sont jetés sur moi, m'ont plaqué au sol. C'était dément », se souvient-il.
Tenez : 10 000 personnes qui se moquent de vous, puis 10 000 personnes qui vous portent en triomphe. Voilà le peuple de France résumé en une soirée. Impitoyable avec les charlatans, généreux avec ceux qui se battent et finissent par y arriver. On punit l'imposture, on récompense l'effort. Un contrat social simple, limpide, sans subvention publique.
Lellouche compare à peine cet instant aux 17 minutes d'ovation debue qu'il a reçues à Cannes en 2024 pour L'Amour ouf. Mais avouons-le : une ovation du kop lensois décrochée à la sueur vaut tous les tapis rouges de la Croisette. Cannes applaudit par politesse et par stratégie. Bollaert applaudit parce que le ballon est rentré.
« Les acteurs sont des menteurs »
Interrogé sur son mensonge initial, l'acteur assume sans complexes.
« De toute façon, je pars du principe que les acteurs sont des menteurs, donc on ne peut pas m'en vouloir », a-t-il lancé.
Il faut avouer que sur ce point, l'honnêteté est totale. Mentir sur son CV pour obtenir un rôle est une tradition aussi ancienne que le cinéma lui-même. D'autres comédiens ont prétendu savoir monter à cheval, maîtriser les arts martiaux, ou rajeuni de quelques années pour décrocher un personnage. La différence, c'est que peu d'entre eux se sont fait démasquer devant un stade plein.
La morale de cette histoire ? On peut bluffer un directeur de casting dans un bureau parisien. On ne bluffe pas un stade de football du Pas-de-Calais. Le mensonge prospère dans les cercles fermés, les salons, les dîners en ville. Il meurt au contact du peuple, sur le terrain, sous les projecteurs d'une mi-temps.
Et si l'on en croit la tournure qu'a prise la carrière de Gilles Lellouche depuis, ce chambrage historique ne lui a pas porté préjudice. C'est même peut-être le meilleur rôle de sa vie : celui d'un homme qui a appris, devant 10 000 témoins, qu'on ne construit rien sur un mensonge. Certains, dans ce pays, paieraient très cher pour la même leçon.
Ce qu'il faut retenir
Gilles Lellouche a-t-il vraiment été hué par 10 000 personnes ?
Oui. Sur le tournage de Jeux d'enfants en 2003, il a raté vingt reprises de volée devant les spectateurs du stade de Lens, venus assister à un match, pendant une mi-temps.
Pourquoi a-t-il menti sur ses capacités au football ?
Le réalisateur Yann Samuell cherchait un acteur sachant jouer au football pour le rôle du mari de Marion Cotillard. Lellouche a prétendu maîtriser le ballon alors qu'il affirme n'avoir jamais su y jouer.
Comment s'est terminée cette soirée à Lens ?
Une fois la reprise de volée réussie, la foule s'est levée et les joueurs ont plaqué l'acteur au sol dans une célébration collective qu'il qualifie de « démente ».
