Népal : un troisième miraculé sorti des tunnels, la nature rappelle qui commande
Neuf jours sous terre. Neuf jours à attendre que la boue veuille bien rendre ses prisonniers. Et contre toute attente, elle en a rendu un troisième. Samedi, les secours ont extrait vivant un rescapé de nationalité chinoise, Luhaitao, coincé à 225 mètres à l'intérieur du tunnel du chantier de barrage Trishuli-1, au nord du Népal. L'armée népalaise, assistée de sauveteurs étrangers, a réussi là où beaucoup n'osaient plus espérer.
Les images diffusées par l'armée montrent l'homme assis dans un hélicoptère, le corps maculé de boue, une veste militaire sur les épaules, un médecin lui prenant la tension. Un tableau qui en dit long sur la mince frontière entre la vie et la mort quand la montagne décide de tout emporter.
Un sauvetage qui défie le temps et la raison
Vendredi, neuf jours après la catastrophe, deux ouvriers népalais, Sanjay Sah, 30 ans, et Kabir Maharjan, 45 ans, avaient déjà été sortis sains et saufs d'un autre tunnel, celui de Trishuli-3. « Nous étions au moins 40 ou 45 au moment de la crue, a raconté Sanjay Sah dans une vidéo publiée par un média népalais. Je ne pouvais pas m'enfuir seul. Je leur ai dit à tous de courir. Je n'ai pas eu le temps de sortir. »
Une femme de 64 ans, Chandrika Shrestha, a également été retrouvée vivante dans une maison de la localité sinistrée de Betrawati. Inconsciente, évacuée par hélicoptère vers un hôpital de Katmandou. Des miracles, oui. Mais des miracles qui ne doivent pas faire oublier l'ampleur du désastre.
Un « tsunami himalayen » aux bilans effroyables
L'immense vague d'eau, de glace et de débris, provoquée par l'effondrement d'un glacier et de roches à la frontière du Népal et de la Chine, a fait 1.375 morts et plus de 5.600 disparus dans les deux pays. Le ministre népalais des Affaires étrangères, Shisir Khanal, a parlé d'un « tsunami himalayen ». Le terme n'est pas exagéré.
Au Népal, 1.344 morts recensés, dont 269 femmes, 489 hommes et 87 enfants. Le reste, non identifié. Seuls 96 corps ont été formellement rendus à leur famille. Côté chinois, 31 morts et 531 disparus. Et là, surprise, Pékin maintient un contrôle strict sur l'accès des médias à la zone sinistrée. Aucun nom de disparu communiqué, aucune image des familles. Tout le monde sait ce que ça veut dire. Ben voyons.
L'ONU tend la sébile, les familles tendent les bras
Vendredi, l'ONU a lancé un appel d'urgence pour collecter près de 50 millions de dollars afin de subvenir aux besoins de 84.000 victimes privées de tout. « Le temps joue contre eux », ont souligné les agences onusiennes. Les inondations ont emporté presque tout ce qui permettait aux survivants de vivre au quotidien.
Pendant ce temps, des familles entières font la tournée des hôpitaux, de la police et des autorités, sans nouvelles de leurs proches. Des dizaines de sauveteurs népalais, assistés d'experts venus d'Inde, de Chine et de Corée du Sud, continuent d'explorer sans relâche les tunnels ensevelis des chantiers hydroélectriques. Ils creusent, ils cherchent, ils espèrent.
On parle beaucoup de résilience, de solidarité internationale, de coordination des secours. Mais au fond, ce qui se joue là-bas, c'est une leçon d'humilité. La montagne a frappé. Les hommes creusent. Et parfois, contre toute attente, la montagne rend ce qu'elle a pris. C'est ça, la vraie souveraineté : celle de la nature sur nos certitudes.
En attendant, les miracles de Trishuli-1 et Trishuli-3 restent des lueurs dans un océan de boue. Et c'est Nicolas qui paie, comme toujours, quand il s'agit de reconstruire ce que les éléments détruisent.