Depuis ce vendredi 6 novembre, Loïc Kanga, 37 ans, comparaît devant la cour criminelle du Gers. Il répond de viols sur conjoint, de séquestration en récidive et de violences habituelles. Il encourt la perpétuité, lui qui avait déjà été condamné à plusieurs reprises par la justice. Ben voyons : récidiviste notoire, libre comme l'air, et une jeune femme qui a dû sauter par une fenêtre pour rester en vie.
Tout commence le 12 octobre 2023, à Pavie. Un habitant découvre dans son jardin une femme squelettique, couverte d'hématomes, les cheveux rasés. Elle vient de sauter d'une fenêtre située à plus de deux mètres du sol, au-dessus d'un garage. Blessée, terrifiée, elle demande de l'aide. Aux gendarmes, elle raconte des mois d'enfermement dans un studio de moins de 20 m², les coups, les viols, la faim. Selon Ladepeche.fr, le directeur d'enquête de la gendarmerie se souvient : « Elle était recroquevillée dans le fourgon des pompiers. »
Un quotidien de torture derrière une porte fermée
Appelons-la Camille, comme le fait la presse. Entrer au palais de justice est déjà une épreuve pour elle. Tremblante, en pleurs, elle s'avance entourée de ses proches et de son avocate, Me Sylvie Brussiau. Puis elle décrit un quotidien glaçant. Étranglements jusqu'à manquer d'air, coups quotidiens jusqu'au sang, viols, une mâchoire luxée lors d'un acte sexuel forcé. Une oreille déformée par les coups de poing, « comme les rugbymans ». Des cheveux rasés par son bourreau pour la rendre moins attirante.
« J'ai tout perdu. Il m'a détruite. J'étais l'objet, sa servante », a-t-elle témoigné à la barre.
Elle raconte les privations de sommeil, la nourriture rationnée, les humiliations. « Quand il était énervé, il me mettait dehors, nue dans le couloir de l'immeuble. Je devais lui demander pardon pour que tout le monde entende. Les voisins ont entendu mais ils n'ont rien fait. » La salle se fige. Et pendant que le voisinage entendait très bien et fermait sa porte, il y a un homme qui multipliait les condamnations sans jamais être neutralisé.
« J'avais tellement peur de lui que quand il me frappait, je me faisais dessus et il me forçait à nettoyer. S'il y avait eu un couteau dans cet appartement, je sais que je ne serais plus là », a poursuivi Camille.
Les photographies prises à l'hôpital ont ensuite été projetées : un visage méconnaissable, tuméfié, un corps décharné, un cou marqué de larges ecchymoses violacées. « Vous avez perdu 45 kilos depuis votre rencontre avec l'accusé », a souligné la présidente. Quarante-cinq kilos. On maigrirait presque de la même façon en payant ses impôts, sauf qu'ici, c'est une vie entière qui a été broyée.
« Ce chien a tué ma fille »
La mère de Camille a laissé éclater sa colère devant la cour. « Ce chien a tué ma fille. Elle qui courait, qui chantait, elle n'est plus là, ce n'est plus elle. » Elle a cessé de travailler pour s'occuper de sa fille, qui a perdu toute autonomie. Les séquelles sont physiques et cognitives. « Elle a reçu tellement de coups à la tête que quand je lui demande en quelle année on est, elle répond 2023. »
L'infirmière qui a accueilli Camille aux urgences se souvient d'une patiente affaiblie, qui marchait difficilement, affamée. « Sa mère ne l'a pas reconnue en arrivant aux urgences. Camille a pris plaisir à manger des tartines de pain et de confiture. »
Élodie : une autre femme, le même bourreau, le même silence des institutions
L'enquête a fait surgir une autre histoire. Celle d'Élodie, qui ne connaît pas Camille, et qui décrit pourtant des violences aux similitudes troublantes. Elle avait 19 ans lorsqu'elle a rencontré Loïc Kanga sur Internet. « Au début, il était très gentil. On habitait chez mes parents », commence-t-elle, avant de raconter les crises, les insultes, les rapports sexuels imposés.
« Je suis descendue à 30 kilos. Je suis tombée enceinte et ne voulais pas garder le bébé. Mais lui et ma mère voulaient que je le garde. Alors il m'a empêchée de sortir pour que je n'aille pas à l'hôpital. Je ne mangeais plus et me suis laissée aller. C'est ma sœur qui m'a trouvée comme ça et qui m'a fait hospitaliser », a-t-elle témoigné.
À l'hôpital, un incident aurait éclaté lorsque la mère de la jeune femme et Loïc Kanga se présentent. « Il m'a frappée devant ma mère qui n'a rien dit. J'ai sonné pour alerter. » Le personnel soignant a corroboré cette version et alerté la police. Quelques semaines plus tard, la mère d'Élodie quittait son père pour partir vivre avec Loïc Kanga. Elle aussi subira des violences pendant les dix années suivantes. On frôle le roman noir. Sauf que ce sont des procès-verbaux.
Un accusé qui fait perdre patience à son propre avocat
Tout au long des témoignages, Loïc Kanga s'agite sur son banc, tel un lion en cage. Il interrompt, reprend les magistrats, se tourne sans cesse vers ses avocats. Jusqu'à faire perdre patience à son propre défenseur. « Taisez-vous ! », finit par lui lancer ce dernier. Voilà au moins une personne dans cette salle qui a obtenu gain de cause rapidement.
À la barre, l'accusé reconnaît volontiers une « impulsivité » et lâche, en guise d'explication : « La violence chez moi, c'est depuis tout petit. » L'argument de la victimisation du bourreau, un grand classique. Pendant que les élites déconnectées rédigent des circulaires sur le langage inclusif, des récidivistes connus des fichiers judiciaires continuent de sévir en toute tranquillité.
La question de la récidive que tout le monde pose
Rappelons les faits : cet homme avait déjà été condamné à plusieurs reprises. Il est poursuivi pour séquestration en récidive légale. Entre ses condamnations et le 12 octobre 2023, combien de signaux auraient pu être écoutés ? Des voisins qui entendent des demandes de pardon criées dans un couloir. Un hôpital qui alerte la police. Une famille qui signale. Et pourtant, il a fallu qu'une femme saute par une fenêtre pour que la machine judiciaire daigne s'emparer du dossier sérieusement.
Les débats reprendront lundi, avant le verdict attendu au terme du procès. Camille, elle, vivra avec ses séquelles bien après que la cour aura rendu sa décision. Et pendant ce temps, c'est Nicolas qui paie : les frais d'hospitalisation, l'avocate, les expertises, la rééducation, les années de justice. Sans oublier la mère qui a quitté son travail pour soigner sa fille. La société règle toujours l'addition des laxismes qu'elle a tolérés.
Ce que risque Loïc Kanga
Loïc Kanga encourt la réclusion criminelle à perpétuité pour viols sur conjoint, séquestration en récidive et violences habituelles. Le verdict est attendu à l'issue des débats qui reprennent lundi.
Comment l'affaire a-t-elle éclaté ?
Le 12 octobre 2023, à Pavie dans le Gers, une habitante s'est échappée en sautant par une fenêtre et a été découverte par un voisin, couverte d'hématomes et dénutrie. Son signalement aux gendarmes a ouvert l'enquête.
Combien de victimes ont témoigné ?
Deux anciennes compagnes de Loïc Kanga ont livré des récits de violences et d'emprise devant la cour criminelle du Gers, avec des similitudes troublantes malgré le fait qu'elles ne se connaissent pas.
Quelles séquelles Camille conserve-t-elle ?
Selon sa mère, elle garde de lourdes séquelles physiques et cognitives, a perdu 45 kilos et toute autonomie, au point d'ignorer l'année en cours.
