Les Israéliens ont voté mardi 27 octobre et le verdict est tombé comme un couperet: personne n'a gagné. Le Likoud de Benjamin Netanyahu arrive en tête avec 26 sièges, mais son bloc de droite et d'ultra-religieux plafonne à 54 sièges sur 120, loin de la majorité absolue de 61, selon BFMTV.
Face à lui, le bloc de l'ancien général Gadi Eisenkot fait pire: 49 sièges. Et entre les deux, une surprise de taille: les partis arabes réalisent une percée historique avec 19 sièges, un record absolu. Ben voyons, voilà nos faiseurs de rois.
Un paysage politique verrouillé
Le dépouillement de 85% des suffrages ne laisse planer aucun doute: c'est l'impasse. Netanyahu perd six sièges par rapport au dernier scrutin, son rival ne creuse pas l'écart, et les 19 sièges arabes flottent au centre de l'échiquier comme une couronne que personne n'ose saisir à mains nues.
Le tabou est total. Le Likoud a passé toute la campagne à présenter les listes arabes comme des complices du terrorisme, qualifiant toute alliance de l'opposition avec elles d'acte de trahison. De son côté, le bloc Eisenkot, farouchement hostile à Bibi mais penché très à droite, refuse majoritairement l'alliance. Il ne reste que Yaïr Golan, chef de la gauche, pour appeler de ses vœux ce partenariat.
Nous ne devons plus accepter la division raciste de Netanyahu entre les voix juives et les voix arabes. Nous avons une responsabilité. Et nous avons l'opportunité de former un gouvernement de changement en partenariat avec les citoyens arabes d'Israël.
Voilà la gauche dans toute sa splendeur: elle dénonce le racisme le lundi et cherche des appuis de circonstance le mercredi. La gauche française n'a rien à envier à ses cousins israéliens en matière de gymnastique idéologique.
Les tractations s'annoncent brutales
Youssef Jabareen, dirigeant de la Liste unifiée, a posé ses conditions ce mercredi. Pas question d'entrer dans une coalition, cite-t-il la guerre à Gaza et la Cisjordanie. Mais pour faire tomber le gouvernement sortant, un soutien extérieur serait envisageable.
Le politologue Gideon Rahat, de l'Université hébraïque de Jérusalem, constate auprès de l'AFP que la participation arabe a augmenté de façon spectaculaire, transformant le paysage politique. Mais il ajoute que le 7-Octobre a généré beaucoup de suspicion au sein de la majorité juive. Autant dire que le mariage de raison reste improbable.
Ilana Shpaizman, maîtresse de conférences à l'université de Bar-Ilan, résume l'impasse pour l'AFP: Netanyahu n'a aucun moyen de former un gouvernement avec ses alliés actuels, et l'opposition devra soit s'allier aux partis arabes, soit tenter un gouvernement minoritaire. Deux options jusque-là rejetées avec horreur par tout le monde. Selon RTL, cette percée arabe complique d'ailleurs sérieusement le retour au pouvoir de l'opposition.
L'option union nationale: déjà vue, déjà ratée
Reste l'hypothèse d'un gouvernement d'union nationale, toutes formations sionistes hors Arabes et ultraorthodoxes. On en a déjà vu le film: en 2020, Netanyahu et Benny Gantz avaient conclu un accord de rotation après trois élections en un an. Résultat: un an de cohabitation glaciale, puis retour aux urnes. Le genre de remake que personne ne réclame.
Haaretz enfonce le clou: les dirigeants du bloc Eisenkot ont de nombreuses raisons de rejeter cette option, principalement parce qu'un tel gouvernement dépendrait de la bonne volonté de Netanyahu. Traduction: on ne confie pas les clés du bastion à celui qui veut le raser.
La montre du président tourne
La mécanique institutionnelle israélienne est claire. Le président Isaac Herzog dispose de sept jours pour désigner un formateur, qui aura ensuite un mois et demi pour assembler une majorité. En cas d'échec, un second candidat reçoit la même mission. Et si tout échoue, retour aux urnes. Selon RFI, le dépouillement se poursuit, mais les 19 sièges arabes provisoires devraient rester les arbitres du jeu.
Ce scénario de nouvelles élections pourrait bien arrangez Netanyahu, avance Haaretz. Son raisonnement est simple: la mobilisation record des électeurs arabes ne se reproduira probablement pas, pas plus que le déplacement des Israéliens de l'étranger venus voter. Entre-temps, Bibi resterait aux commandes d'un gouvernement intérimaire.
M. Sécurité sur son trône
C'est là que le vieux renard déploie son artillerie. Comme l'explique à BFM le spécialiste Hicham Lahouiri, cette configuration lui permet de renforcer son image de M. Sécurité. Et pendant la campagne, il n'a pas lésiné sur la poudre.
C'est un moment décisif pour l'avenir de l'État, car nous avons des ennemis qui veulent nous anéantir.
Lundi encore, Netanyahu agitait la menace iranienne, affirmant que renverser le pouvoir de Téhéran était le seul moyen d'éliminer une menace existentielle. La veille, il avait posté sur X une image de champignon atomique engloutissant Tel-Aviv, évoquant des informations des services de renseignement sur une possible perturbation iranienne du scrutin. Du storytelling apocalyptique en pleine campagne électorale, mais un storytelling qui marche.
Fort du soutien de Donald Trump, le Premier ministre sortant joue donc la montre. Et pendant ce temps, pendant que les élites politiques israéliennes s'étripent dans les tractations, c'est le contribuable lambda, le Nicolas israélien si l'on ose dire, qui regarde ses institutions tourner en rond. Un spectacle familier par chez nous aussi.
Ce qu'il faut retenir de ce scrutin israélien
Qui a gagné les législatives israéliennes du 27 octobre?
Personne. Le Likoud de Netanyahu arrive en tête avec 26 sièges, mais son bloc totalise 54 sièges sur 120, insuffisant pour gouverner. Le bloc de Gadi Eisenkot plafonne à 49 sièges.
Pourquoi les partis arabes sont-ils décisifs?
Avec 19 sièges, un record, ils détiennent théoriquement les voix manquantes pour former une majorité. Mais l'alliance reste un tabou des deux côtés de l'échiquier politique israélien.
Que se passe-t-il si personne ne forme de gouvernement?
Le président Isaac Herzog peut désigner un second formateur. En cas de nouvel échec, les Israéliens retournent aux urnes, un scénario qui pourrait profiter à Netanyahu selon Haaretz.
