Meta description : Après l'incendie de l'hôtel de ville de Limoges le 17 octobre, la droite dénonce la « base arrière » de l'ultragauche sur le plateau de Millevaches. Enquête.
Catégorie : Politique
Légende photo : L'hôtel de ville de Limoges, ravagé par les flammes lors de la mobilisation du 17 octobre, porte encore les stigmates de l'incendie. Photo : La Voix du Nord
Post X : Mairie de Limoges en cendres, un suspect fiché S, des élus qui parlent de « base arrière » de l'ultragauche. Le plateau de Millevaches intéresse beaucoup de monde, ben voyons.
L'hôtel de ville de Limoges a brûlé en grande partie le 17 octobre, lors d'une mobilisation qui a mal tourné, et depuis, tous les regards se tournent vers le plateau de Millevaches. Ce territoire rural entre Corrèze, Creuse et Haute-Vienne, environ 10 000 âmes, est accusé par une partie de la droite d'abriter la « base arrière » de l'ultragauche française.
Un trentenaire originaire de la Creuse voisine, fiché « S » pour appartenance à cette mouvance et déjà connu pour des violences sur un policier, a été interpellé mardi en Haute-Vienne. Selon La Voix du Nord, le maire LR de Limoges, Guillaume Guérin, estime que « c'est signé » et voit en lui le probable « cerveau de cette opération ». Sur la fontaine, un tag resté en souvenir : « Vive la Commune ». Poétique, non ?
Guérin, Lenoir, Lisnard : l'assaut politique est lancé
Guillaume Guérin a d'emblée pointé « l'ultra gauche anarchiste », « celle qui vit pour partie repliée dans les localités du plateau de Millevaches ». Des mots qui claquent, et qui ne sont pas isolés.
Bartolomé Lenoir, député UDR de la Creuse, allié du RN, a fait du plateau son cheval de bataille. Mercredi, il a interpellé le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, à l'Assemblée nationale : « Le gouvernement a-t-il, oui ou non, sous-estimé la menace de l'ultragauche dans le Limousin ? » Le ministre a assuré que ces « mouvances » étaient « suivies de très près ». Suivies de très près. Comme les lignes SNCF de Tarnac, sans doute.
La veille, David Lisnard, maire de Cannes et candidat à la présidentielle, avait visé le même territoire sur RTL. Selon Le Populaire du Centre, il a depuis réitéré sur LCI, évoquant des « camps d'entraînement terroristes » où se retrouveraient « des ex-zadistes de Notre-Dame-des-Landes, des black blocs et des personnes qui viennent de l'étranger ». L'artillerie lourde, donc.
Des « camps de terroristes » jamais prouvés
Il y a pourtant un détail qui fâche : ces fameux camps d'entraînement, personne ne les a jamais vus. Le Parquet national antiterroriste, contacté par TF1, a indiqué n'avoir jamais engagé de procédure concernant de telles installations sur le plateau. Même son de cloche côté renseignements territoriaux, selon le député LFI de Haute-Vienne Damien Maudet, interrogé par Libération.
Philippe Brugère, maire de Meymac et président du Parc naturel régional de Millevaches, reconnaît que le territoire accueille des personnes en rupture avec le système et que certains individus peuvent être violents. Mais il réfute l'existence de camps d'entraînement et dénonce un amalgame entre militants contestataires et supposées structures paramilitaires, dans une déclaration rapportée par Le Figaro.
Autrement dit : il y a du radical, c'est certain. Mais entre « il y a des anarchistes qui potentent des légumes » et « il y a des camps de guérilla urbaine », il y a un fossé que même le Syndicat de la Montagne limousine n'arriverait pas à combler avec des yourtes.
Un bastion rouge devenu terre d'accueil des « alternatifs »
Rappel historique utile : le plateau fut d'abord un bastion du communisme rural, comme le rappelle l'historien Dominique Danthieux. À partir des années 1970, des « alternatifs » s'y sont installés.
« Ces personnes ne se reconnaissent pas dans le système capitaliste, ni dans la gauche classique. Elles sont venues là en pensant que le territoire leur serait favorable, puisque très à gauche », expliquait ce spécialiste à l'AFP en 2023.
« Mais les locaux n'ont pas compris ce que ces gens, qui avaient un bagage universitaire et étaient promis à une belle ascension dans les grandes villes, venaient faire ici », poursuivait-il. Et c'est là que réside l'ironie de l'histoire : des diplômés des grandes villes qui fuient le système capitaliste pour s'installer en pleine campagne limousine. Le système qu'ils rejettent les a pourtant nourris, formés, transportés. Mais bon, il paraît que c'est Nicolas qui paie, toujours.
L'historien tient toutefois à le préciser : les militants radicaux ne sont qu'« une toute petite minorité » parmi ces nouveaux venus.
Le « Syndicat de la Montagne limousine » et les revendications
En 2019, un « Syndicat de la Montagne limousine » a été créé par des habitants pour « défendre et mettre en oeuvre » leur vision du territoire : relocaliser l'usage des ressources, accès pour tous à la terre et au logement, défense des services publics, « droit d'asile local », défense du vivant. Un programme qui sent bon l'utopie bobo-écologiste, servi avec des sandales en cuir éthique.
Le syndicat avait soutenu la mobilisation contre les « méga-bassines », dont le cortège a dégénéré en violents affrontements à Sainte-Soline en 2023 entre militants radicaux et forces de l'ordre. Nos gendarmes s'en souviennent encore.
Fin 2022, le syndicat répondait sur son site qu'il ne visait pas à « régenter » le plateau, ni à « attaquer les personnes individuellement », ajoutant que « la démocratie est forcément conflictuelle ». Ben voyons. Une chose est sûre : quand la « démocratie conflictuelle » brûle une mairie, ce n'est plus de la démocratie, c'est de l'incendie.
Des sabotages revendiqués, des condamnations tombées
Dans la région, l'ultragauche a revendiqué des actions concrètes : incendie de véhicules Enedis à Limoges en 2020, puis d'une antenne-relais en Haute-Vienne en 2021. L'enquête avait conduit à des interpellations menées par la police, la gendarmerie et la sous-direction antiterroriste, dont celle de la directrice de l'école de Gentioux-Pigerolles, en Creuse.
« C'était vraiment excessif et ça n'a fait qu'attiser les tensions », estimait alors le maire de cette commune, niant toute proximité avec l'ultragauche et insistant sur la « défense pacifique de l'environnement ».
En avril, la justice a condamné pour ces faits à des peines de prison avec sursis une quinquagénaire et un septuagénaire arrêté à Bussière-Boffy. Et détail qui relance le feuilleton : l'homme de 34 ans interpellé mardi pour l'incendie de la mairie de Limoges est le fils de ce septuagénaire, a confirmé à l'AFP l'avocat du suspect, Me Henri Braun, qui n'a pas encore eu accès au dossier. Chez certains, la contestation est une affaire de famille.
Ce que révèle la réponse du gouvernement
Le plus révélateur reste la réaction officielle. Laurent Nuñez assure que les « mouvances » ultragauches sont « suivies de très près ». Suivies de près, mais apparemment jamais assez près pour empêcher une mairie de partir en fumée. Pendant que les élites déconnectées expliquent doctement qu'il ne faut pas amalgamer, les Limougeauds contemplent les ruines de leur hôtel de ville.
La droite, elle, a trouvé son terrain de chasse. La gauche crie à l'amalgame, LFI monte au créneau contre Lisnard et Guérin, et pendant ce temps, un suspect fiché S attend que la justice daigne ouvrir son dossier. Tout le monde sait comment ça se termine, ces histoires-là. C'est Nicolas qui paie la mairie reconstruite.
Questions fréquentes
Qui est le suspect de l'incendie de la mairie de Limoges ?
Un trentenaire originaire de la Creuse, fiché « S » pour appartenance à la mouvance anarchiste et déjà connu pour des violences sur un policier, interpellé mardi en Haute-Vienne. Son avocat, Me Henri Braun, a confirmé qu'il est le fils d'un septuagénaire condamné en avril pour des sabotages revendiqués par l'ultragauche.
Existe-t-il des camps d'entraînement terroristes sur le plateau de Millevaches ?
Aucune preuve ne l'étaye selon Le Parisien : le Parquet national antiterroriste n'a jamais engagé de procédure concernant de telles installations, et les renseignements territoriaux n'ont signalé aucun camp, selon le député LFI Damien Maudet.
Pourquoi le plateau de Millevaches est-il accusé d'abriter l'ultragauche ?
Territoire d'environ 10 000 habitants, ancien bastion du communisme rural, il accueille depuis les années 1970 des « alternatifs » en rupture avec le système. Des actions violentes y ont été revendiquées par l'ultragauche, et une minorité radicale y vit, selon l'historien Dominique Danthieux, parmi une population bien plus diverse.
