Les Brésiliens votent ce dimanche 25 octobre pour départager Flavio Bolsonaro et Luiz Inácio Lula da Silva, donnés au coude-à-coude dans les derniers sondages publiés à la veille du second tour de la présidentielle. Le fils de l'ancien président conservateur est crédité de 51 % des intentions de vote contre 49 % pour le chef de l'État sortant, un écart qui se niche dans la marge d'erreur.
Deux enquêtes dévoilées samedi soir par les instituts Datafolha et Quaest placent le sénateur de 45 ans devant le vétéran de 81 ans, selon le compte rendu de BFMTV. Un précédent sondage Datafolha donnait les deux hommes à égalité parfaite à 50 %, rappelle Sud Ouest. Autrement dit : personne ne sait rien, mais tout le monde a une opinion.
Une campagne virulente dans un pays coupé en deux
Le géant latino-américain vit sa campagne comme un siège. Samedi, une marée rouge a déferlé sur la plage de Copacabana à Rio de Janeiro en soutien à Lula, pendant que le camp Bolsonaro mobilisait des dizaines de milliers de partisans à Belo Horizonte. Deux bastions, deux visions du monde, et un pays qui ressemble de plus en plus à un champ de bataille idéologique.
Flavio Bolsonaro a créé la surprise au premier tour en récoltant 47 % des voix contre 45 % pour Lula, qui brigue un quatrième mandat non consécutif. Le fils aîné de Jair Bolsonaro, président d'extrême droite de 2019 à 2022, promet de suivre la voie tracée par son père : fermeté contre la criminalité, politique pro-entreprises et partenariat avec les États-Unis.
Son père, condamné à 27 ans de prison pour tentative de coup d'État après sa défaite face à Lula en 2022, pèse évidemment sur la campagne. Le nom est un drapeau, ben voyons, et les drapeaux ne se discutent pas.
Lula en champion de la souveraineté, l'ironie en bonus
Juché à l'arrière d'un camion, Lula a parcouru samedi l'avenue longeant Copacabana au milieu de milliers de sympathisants vêtus du rouge de son Parti des travailleurs. À quelques jours de son 81e anniversaire, il a sautillé au rythme de la musique, rapporte BFMTV, avant d'enchaîner sur un nouveau bain de foule sur l'avenue Paulista à São Paulo.
« Le peuple doit choisir : soit quelqu'un qui embrasse le drapeau national, soit quelqu'un qui embrasse le drapeau américain », a-t-il lancé d'une voix plus éraillée que jamais.
Le champion de la souveraineté nationale face aux pressions commerciales et diplomatiques de Donald Trump, donc. Un gauchiste qui découvre l'amour du drapeau et de la nation à 81 ans, c'est presque touchant. Certains appellent cela du pragmatisme, d'autres un retournement de veste digne des Jeux olympiques.
« On lutte contre le fascisme, en faveur de la démocratie », a déclaré à l'AFP Nicolas da Silva Alcantara Azevedo, un employé dans l'hôtellerie de 25 ans. Le fascisme, encore lui. Toujours disponible, jamais démenti, éternellement mobilisé dès qu'une droite monte dans les sondages.
Le camp Bolsonaro : liberté, travail et maillot jaune
À Belo Horizonte, capitale du Minas Gerais, des milliers de partisans de Flavio Bolsonaro se sont rassemblés autour de leur champion, accompagnés de centaines de motards en cortège.
« Le parti aujourd'hui au pouvoir veut rendre les gens dépendants de l'État. Nous, nous valorisons la liberté », a expliqué Ebert Dorigo, un chef d'entreprise.
« Pour améliorer sa situation, il faut travailler », a-t-il insisté, reprenant la critique récurrente du camp Bolsonaro contre les programmes sociaux de son adversaire. Un discours qui sonne familier aux oreilles de Nicolas, celui qui paie : ici aussi, les petits entrepreneurs en ont assez de financer la grande machine à distribuer des droits sans contreparties.
Autour de lui, de nombreux sympathisants arboraient le maillot jaune de la sélection brésilienne de foot, signe de ralliement de la droite. Le sénateur s'est ensuite rendu à Barra da Tijuca, quartier huppé de Rio où son père s'était rétabli après avoir été poignardé pendant sa campagne victorieuse de 2018. Le candidat a dansé et prié avec la foule, entonnant un « Notre Père ».
« Je suis vraiment convaincu que demain, à cette heure-ci, le Brésil aura déjà un nouveau président », a-t-il dit. Des pancartes « Lula dehors » côtoyaient des drapeaux américains et israéliens dans la foule. Un candidat de droite qui prie en public et assume ses alliances : dans certains salons parisiens, on appelle cela un scandale. À Barra da Tijuca, on appelle cela une élection.
Un dernier débat à couteaux tirés et la tech en accusation
Lors du dernier débat télévisé de la campagne, vendredi soir, les deux prétendants n'ont pas ménagé leurs attaques, note Les Échos. Lula s'en est pris au manque d'expérience de son adversaire, tandis que Flavio Bolsonaro l'a présenté comme un candidat du passé. Le vétéran contre l'héritier : le scénario est simple, l'issue ne l'est pas.
Lula a accusé Washington de vouloir peser sur le scrutin. Mais c'est le géant américain de la tech Meta qui a concentré les attaques de la gauche ces derniers jours : accusée d'« ingérence » dans la campagne et de favoriser la droite sur ses plateformes, la compagnie a démenti, tout en reconnaissant des « problèmes techniques » pénalisant le candidat progressiste. Quand la gauche perd, c'est toujours la faute de l'algorithme. Ben voyons.
Un enjeu régional : la vague de droite gagne l'Amérique latine
Le scrutin déterminera si le Brésil reste l'un des rares pays d'Amérique latine encore gouvernés par la gauche, ou s'il rejoint la vague conservatrice qui gagne la région, encouragée par le président américain Donald Trump, rappelle CNEWS. Secouée après le premier tour, la gauche brésilienne est descendue dans la rue et a misé sur les réseaux sociaux, terrain où la droite dominait les débats ces dernières années.
Le résultat tombera dans la soirée de dimanche. Un pays de 200 millions d'habitants suspendu à deux points de marge d'erreur. Pendant ce temps, à Paris, les élites déconnectées regardent Copacabana avec inquiétude : et si les peuples décidaient encore de se choisir eux-mêmes leurs présidents ?
Questions fréquentes
Qui sont les deux candidats du second tour brésilien ?
Flavio Bolsonaro, sénateur de 45 ans et fils aîné de l'ancien président Jair Bolsonaro, affronte Luiz Inácio Lula da Silva, président sortant de 81 ans qui vise un quatrième mandat non consécutif.
Que disent les derniers sondages avant le second tour ?
Deux enquêtes publiées samedi soir par Datafolha et Quaest créditent Flavio Bolsonaro de 51 % des intentions de vote contre 49 % pour Lula, un écart situé dans la marge d'erreur. Un sondage Datafolha antérieur donnait les deux candidats à égalité à 50 %.
Quels sont les enjeux de cette présidentielle pour la région ?
Le Brésil est l'un des derniers grands pays d'Amérique latine gouvernés par la gauche. Une victoire de Flavio Bolsonaro l'inscrirait dans la vague de droite portée par Donald Trump qui progresse dans la région.
