Mercredi 4 novembre, Jordan Bardella a lâché un premier rideau de fumée sur la réforme des retraites du Rassemblement national, deux semaines avant la présentation officielle du projet par Marine Le Pen, prévue le 17 novembre. Dans son livre « Gouverner », paru chez Fayard, le président du RN annonce que le parti entend « renforcer les conditions de validation d'un trimestre » pour financer le retour de l'âge légal à 62 ans, voire 60 ans.
Traduction pour les contribuables de souche : on vous rend l'âge légal d'une main, et de l'autre on resserre les boulons. Ben voyons. Selon BFMTV, qui révèle les extraits de l'ouvrage, la clé du financement tient en une formule : augmenter la « durée de cotisation effective » plutôt que de relever l'âge légal. En clair, il faudra travailler davantage pour valider ses trimestres, même si le papier officiel reste flatteur.
Le système actuel : quatre mois au Smic, et remerciez la République
Rappelons comment fonctionne la machine, car tout le monde sait qu'elle est généreuse avec ceux qui jouent des articulations. Aujourd'hui, ce n'est pas le nombre de mois travaillés qui compte, mais un minimum de salaire perçu. Il suffit de toucher l'équivalent d'un mois de Smic brut, soit 1.867 euros, pour valider un trimestre. Quatre trimestres par an maximum, donc un salarié au Smic peut valider son année complète en travaillant... quatre mois.
« Quatre trimestres peuvent être validés sans avoir travaillé douze mois dans l'année », observe lui-même Jordan Bardella dans son ouvrage, comme le relève aussi Blick. On imagine que les élites qui ont façonné ce mécanisme n'ont jamais tenu une paie de leur vie. C'est Nicolas qui paie, toujours lui, le contribuable qu'on ne consulte jamais.
Que propose concrètement le RN ?
Le parti veut « rapprocher la validation des trimestres de la réalité du travail et des cotisations versées ». Dans l'exemple du salarié au Smic, il faudrait donc bosser plus de quatre mois pour obtenir ses quatre trimestres. L'objectif : faire correspondre les 40 à 42 annuités nécessaires au taux plein au nombre d'années réellement travaillées.
Le RN n'a toutefois pas encore précisé les nouveaux seuils qui seraient appliqués. Le flou artistique reste donc de mise, comme souvent à quinze jours d'une présentation solennelle. Le Télégramme souligne d'ailleurs que Bardella dévoile cette clé avant même que Marine Le Pen, quadruple candidate à l'Élysée, n'ait détaillé son projet.
Des exceptions seront ménagées, précise le président du RN, pour « préserver les périodes liées à la maternité, à la maladie, au handicap ou aux accidents de la vie », et pour « maintenir les facilités de départ pour les carrières longues ». La mesure est présentée comme « un compromis juste », à la fois « exigeant et protecteur ». Sur le papier, c'est propre. Reste à voir l'artillerie réglementaire derrière la fanfare.
Jeunes et seniors mobilisés
Le financement ne reposera pas uniquement sur ce durcissement. Le RN mise aussi sur une hausse du taux d'activité, notamment chez les jeunes, via une « réforme de la formation professionnelle et (au) collège modulaire » qui devront « permettre à davantage de jeunes d'entrer plus tôt dans la vie active ».
Voilà au moins une idée qui sent bon le bon sens : remettre les jeunes au travail plutôt que dans les amphithéâtres de sociologie. Les entreprises seraient également incitées à garder les seniors en fin de carrière, avec « des exonérations nettes de cotisations, équivalant à une baisse de 30% du coût du travail », dont « une partie » serait « transformée en rémunération » pour ces « salariés expérimentés ».
Enfin, la retraite par capitalisation serait encouragée « sur la base du volontariat », via la « création d'un fonds souverain » où « les Français qui le souhaiteront pourront placer une partie de leur épargne ». Volontariat, souveraineté : deux mots qui n'ont jamais franchi le seuil de Bercy sous l'ère Macron.
Une réforme à double tranchant pour le camp national
Politiquement, l'opération est délicate. Le RN promet 62 ans, voire 60, en pleine campagne présidentielle, mais il prévient déjà qu'il faudra serrer la ceinture autrement. C'est honnête sur le fond : un système par répartition ne tient que par les cotisations réellement versées, et les caisses ne se remplissent pas à coups de communiqués.
Reste que l'adversaire y verrons une fenêtre de tir. La gauche, qui défend bec et ongles un âge légal à 60 ans sans jamais expliquer qui règle l'addition, va soudainement découvrir la vertu de la transparence budgétaire. Ironie du sort : ce sont les mêmes qui ont applaudi quand l'État dépensait comme un adolescent lâché dans un Apple Store. Comme le note Corse Matin, ces premiers contours arrivent pile à deux semaines de la présentation officielle de Marine Le Pen.
L'équation est simple et elle n'a rien d'idéologique : moins d'actifs, plus de retraités, un système par répartition sous tension. Le RN assume de dire comment il paie avant de promettre. C'est plus qu'on peut dire de la plupart des formations qui peuplent l'Assemblée, où l'on confond volontiers souveraineté budgétaire et carte bancaire de l'Allemagne.
Le 17 novembre, Marine Le Pen dévoilera l'ensemble du dispositif. On saura alors si la promesse de 62 ans tient debout sur le champ de bataille des comptes publics, ou si elle ne tient que sur les affiches.
Questions fréquentes
Faut-il travailler plus pour partir à la retraite à 62 ans selon le RN ?
Oui. Jordan Bardella annonce dans son livre « Gouverner », paru le 4 novembre, un renforcement des conditions de validation d'un trimestre, ce qui impliquerait de travailler davantage pour valider ses quatre trimestres annuels.
Comment valide-t-on un trimestre de retraite aujourd'hui ?
Il suffit de percevoir un salaire équivalent à un mois de Smic brut, soit 1.867 euros, pour valider un trimestre. Quatre mois au Smic permettent donc de valider une année complète, dans la limite de quatre trimestres par an.
Qui sera épargné par le durcissement proposé par le RN ?
Selon Bardella, les périodes liées à la maternité, à la maladie, au handicap ou aux accidents de la vie seront préservées, et les facilités de départ pour les carrières longues seront maintenues.
Quand Marine Le Pen présentera-t-elle sa réforme des retraites ?
La candidate à l'Élysée détaillera son projet le 17 novembre, avec un retour de l'âge légal à 62 ans, voire 60 ans.
