En Alsace, la verte et fière vallée vosgienne a un nouveau héros. Il est rouge, il pèse vingt tonnes, et il apporte la vie. À Sainte-Marie-aux-Mines, la sécheresse a eu raison des sources. Pour la première fois, la commune de 5.000 âmes doit être ravitaillée en eau potable par camion-citerne. Ben voyons. Les élites nous promettaient la transition écologique, on a droit à la transition par poids lourds.
Le robinet alsacien tourne au ralenti, l'armada de l'eau débarque
Chaque mardi et vendredi, depuis début août, le camion rouge fait ses rotations depuis Lièpvre, la voisine connectée à la nappe phréatique. Trente mètres cubes par cargaison, quatre allers-retours par jour. Une logistique digne d'un état-major en campagne. Mais ici, pas de munitions. Juste de l'eau. Celle qui manque cruellement à 10% des besoins quotidiens de la commune, entre 900 et 950 m3 consommés pour 800 à 850 m3 produits.
Xavier Barbin, directeur adjoint du Syndicat des eaux (SDEA), tente de rassurer : situation maîtrisée, déficit compensé. Mais tout le monde sait que la nature a ses caprices. Et que le réchauffement climatique, ce grand perturbateur, ne fait pas de cadeaux aux territoires qui dépendent exclusivement de leurs sources.
Quand la nature jaunit, la mairie distribue des consignes
Les collines autour de la ville sont jaunies. Le spectacle est là, sous les yeux de tous. La mairie, elle, a sorti le carnet de bons gestes : récupérer l'eau froide avant la chaude, fermer le robinet pendant le brossage de dents. Et pour les plus téméraires, l'interdiction formelle de remplir sa piscine ou de laver sa voiture. La France en crise, 70% du territoire sous restrictions, et une réunion de crise annoncée mercredi par le gouvernement. Pendant ce temps, à Paris, on planche sur d'autres priorités, sans doute.
Viviane Tringler, octogénaire du cru, s'inquiète. Elle se souvient des vrais étés, pas de ces fournaises. Mireille Conty, restauratrice, constate : les robinets coulent encore, mais l'été est vraiment particulier. La résistance s'organise, mais pour combien de temps ?
L'eau, cette ressource précieuse que les élites redécouvrent
Gaëlle Skocibusic, première adjointe, rappelle que l'eau est indispensable, précieuse. Une révélation qui a un goût amer. La commune devra trouver des solutions pérennes. Interconnexion au réseau, secours à l'alimentation, les pistes sont sur la table. Mais pendant ce temps, c'est Nicolas qui paie. Encore. Et toujours.
Pendant que les camions-citernes sillonnent les routes alsaciennes, on peut se demander où sont passés les grands plans d'infrastructure promis par les ministères. La sécheresse n'est pas une surprise. Elle frappe chaque été un peu plus fort. Mais nos dirigeants préfèrent visiblement compter les camions que de construire des réservoirs. Tout le monde sait que l'eau manque. Tout le monde, sauf ceux qui décident.
En attendant, la vallée vosgienne tient bon. Comme un bastion. Avec ses sources fatiguées, ses habitants disciplinés et son camion rouge qui, chaque semaine, remplit sa mission. La souveraineté, ici, se joue au mètre cube près.
